Tandis qu'elle était adultère
J’avais loué une maison basse à la façade enduite de blanc, semblable à toutes les autres maisons du Quartier de L'Albaicín à Grenade, cet étonnant quadrillage de rues étroites qui domine la ville depuis la colline qui, autrefois, portait la cité antique d’Elvira. Comme à mon habitude, j’avais disposé sur ma table de travail les feuilles éparses maculées de notes, à partir desquelles je traçais, petit à petit, les ébauches des articles en cours. L’automne était arrivé, encore cerné des lueurs blanches d’un soleil qui semblait décidé à briller avec intensité aussi longtemps qu’il le pourrait. Tous les matins, de bonne heure, avant même d’entreprendre mon travail d’écriture, habillé de vêtements légers, je descendais la Rue Nevada encore plongée dans l’ombre, gagnais la minuscule Place de la Cruz de Piedra, passais devant son calvaire blanc, faisant résonner mes sandales de corde sur les galets polis par la lumière, puis remontais en direction du Jardín de los Adarves, y faisais une longue halte parmi les candélabres des ifs chandelles et les massifs aux feuilles lustrées couleur de bronze. Dans ce Jardin, cette manière d’oasis égarée parmi le tumulte de la ville, il me plaisait de me réfugier à l’abri d’une tonnelle, sous les bouquets blancs de jasmin étoilé. J’y lisais des poèmes de Federico García Lorca, imprimés dans une édition rare, m’attardant sur celui intitulé ‘La femme adultère’, dont les premiers vers me plaisaient pour leur charge d’énigme :
‘Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit’
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