Son regard transparent comme l’eau
Alors des vers lui reviennent en mémoire, ceux de Victor Hugo au balancement parfait, océanique :
« Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire. Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire, Sur le sombre océan jette le sombre oubli. »
Alors une prose souffle à son oreille, la prose incantatoire des « Chants de Maldoror » et c’est comme un avant-goût d’un temps inconnu, au-delà de lui, insaisissable par nature qui déjà l’attire et le fascine comme son ombre. Alors il se lève dans la lumière crépusculaire. Il regarde une dernière fois le silence, il écoute la beauté. Tout en haut des grands pieux noirs, posés comme des boules d’écume semées d’écritures sombres sont les oiseaux de mer, genre d’émanation du ciel, précipités de transcendance venus dire à l’homme la majesté de son règne en même temps que son caractère éphémère. Il est temps de rentrer. Déjà la nuit ouvre son corridor noir. Déjà le monde bascule dans l’oubli. Demain Loup de Mer reviendra se poster à l’angle exact de la plage, celui que lui assigne le destin comme s’il devait être jusqu’à la fin de ses jours, la vigie veillant sur les choses belles. Là souffle l’alizé du songe dont il tisse ses heures. La toile est longue encore qui fait ses chatoiements. Cela, cette vérité, le vieil homme la porte en lui jusqu’à sa pointe extrême. Son regard transparent comme l’eau en est le témoignage le plus visible. Parfois, lorsque le rêve se précipite en longues torches noires entremêlées au réel, il s’imagine être l’un de ces pieux enfoncés dans le sable. Peut-être n’est-il que cela, cette hallucination de la vue se perdant à l’horizon des hommes. Que cela ! Qui donc lui donnera la réponse ? Vous qui lisez sous le cercle de la lampe blanche ? Moi qui trace sur le papier les milliers de signes pressés se dissolvant à même leur illisible présence ? Lui, Loudemer dans la brume qui le sépare de la prochaine émotion, du prochain voyage ? Qui ?
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