au rythme des marées
Devant lui se dresse une longue théorie de pieux en bois servant de brise-lames lors des marées d’équinoxe. Il aime bien ces gardiens hiératiques qu’il imagine un peu à la façon des moaïs de l’Île de Pâques avec leurs yeux vides interrogeant le cosmos, leurs corps de basalte immobiles comme l’éternité. Ces pieux sont les génies tutélaires du lieu, les protecteurs d’un temps lent qui ne s’imprime sur le cadran de nulle horloge pas plus qu’il n’appartient aux hommes. Ici est l’aire du temps libre, ici est la fuite illimitée de l’espace, la nage fougueuse de l’imaginaire pareille à la crinière de l’alezan fouettée par le vent. Ici est le rêve à l’état pur, ce diapason qui vibre au rythme des marées, de la lumière, des clignotements, des courants océaniques se perdant dans la nuit des abysses. Parfois, dans les yeux de Loudemer, flotte une imperceptible brume dont on ne sait si elle est événement météorologique ou bien remuement intérieur. C’est une telle démesure que d’être confronté à l’immense, à l’indicible et de n’en pouvoir témoigner qu’à l’aune de son corps. Une douleur, un picotement, une trémulation du côté du cœur ou bien une pliure au creux de l’intime. La photographie en rend compte, mais dans l’instantané du regard, l’image figée. La peinture dans le flou à la Turner. L’écriture dans la plainte poétique d’un « Oceano nox » ou bien dans la forme fantastique d’un Lautréamont.
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