Assis sur un tas de goémon
Vieux, maintenant, « Loup de Mer », avec sa casquette de marin fanée par le soleil, ses yeux plissés d’avoir longtemps regardé la plaque brillante de la mer, ses pommettes tachées de sel et embrumées de barbe, ses doigts gourds d’avoir saisi les trésors marins, cailloux troués, galets lisses, sable tel une poudre d’or, os de seiche pareils à une écume. On avait beau amasser toutes ces fortunes, les serrer dans la conque de ses mains, il n’en restait jamais que le souvenir et des rides au creux des paumes. Depuis sa retraite le vieux monsieur vient tous les jours se recueillir devant sa compagne de toujours, cette mer qu’il porte en lui, qui berce ses nuits et fait briller ses jours. Assis sur un tas de goémon ou bien sur l’échine d’une vieille souche il passe là de longues heures à rêvasser, à lisser du plat de la mémoire les souvenirs anciens. En arrière de la plage, dans une aire de solitude que ne troublent ni les allées et venues des Existants, ni les bruits de la ville, il attend en silence que les choses aient lieu. Le glissement, au loin d’un ferry, la course rapide d’un oiseau, le flux faisant son battement régulier, métronome si discret qu’il en oublie souvent l’ineffable présence.
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