L'Egorgeur : Chapitre 23
L'Egorgeur : Chapitre 23
Contance Grüssmann fut bien plus facile à retrouver que le faux Luquet. Plus ou moins blonde, la quarantaine avancée, légèrement potelée, moins moche que belle, moins agréable à regarder que sur son profil Instagram, un intellect assez quelconque. Les flics l’avaient cueillie à Lons-le-Saunier où elle séjournait chez sa sœur, avant de la transférer à la brigade criminelle du Commissaire Demesy.
Constance Grüssmann attendait qu’on s’occupe d’elle assise sur une simple chaise de bois. Clément et Demesy l’observaient de loin en buvant leur café. Les autres faisaient mine de vaquer à leurs occupations sans se soucier d’elle.
— Elle n’a pas l’air bien affutée, lâcha le commandant.
— Peut-être qu’elle cache bien son jeu, répondit le Commissaire.
Elle devait sûrement très bien le cacher, son jeu. Les enquêteurs l’avaient localisée grâce à une publication Instagram et un défaut de parcmètre. Bien que connaissant ces éléments, le Major Gastelier leur manifesta sa réprobation :
— Vous seriez à votre place dans le service RH d’un hypermarché d'Avignon.
— Non. Le type auquel vous nous comparez n’est pas quelqu’un de bien, répliqua Clément. Nous deux, on est juste taquins.
— Bon, on va quand-même aller taquiner les faits, conclu le Commissaire en leur adressant un clin d’œil.
Le complet bleu assorti aux yeux, la montre élégante, la barbe légèrement grisonnante bien taillée, les cheveux bien coiffés, Émile Demesy observa un instant cette femme qui n’était pas tout à fait du même monde que lui, mais qui avait subitement basculé dans son univers, celui des crimes.
— Madame Luquet ?
— C’est Grüssmann. J’ai repris mon nom de jeune fille il y a plusieurs années déjà.
— Bien, je suis votre avocat.
Devant son hésitation, il lui sourit.
— Heu… Je n’ai pas les moyens de me payer un avocats comme vous, finit-elle par articuler visiblement confuse.
— Non, je déconne. Je suis le Commissaire Demesy. Le commis d’office s’est fait mal. Du coup, mes adjoints vont juste vérifier deux trois informations avec vous et puis on vous entendra quand il pourra à nouveau se déplacer.
Nouvelle hésitation de la part de Constance Grüssman, à laquelle Gastelier ne laissa pas le temps de réfléchir, l’invitant à prendre place sur une chaise rembourrée devant un bureau libre avant de lui tendre un forfait de post-stationnement.
— C’est bien votre voiture ?
— Heu… Tout ce cirque pour ça, lança-t-elle d’un air sincèrement dérouté ?
— Disons que c’est comme ça que nous vous avons retrouvé, Madame Grüssmann, enchaîna l’Inspecteur Clément en prenant place, provoquant un sursaut de surprise chez la dame. Il semblerait que votre employeur s’étonne de ne plus vous voir au travail depuis quelques jours.
— J’étais chez ma soeur.
— Vous avez prêté votre voiture à quelqu’un cet été ? Un ami ? La famille ?
— C’est à dire ? Je ne comprends pas la question.
Clément fit signe à Gastelier qui présenta un autre forfait post-stationnement.
— Je demande ça parce qu’elle était aussi en infraction, cet été. Et si les PV nous en disent beaucoup sur les déplacements des véhicules, ils ne nous disent pas forcément qui en sont les passagers.
— J’ai le droit de circuler librement, non ?
— Bien sûr. Bien sûr, madame Luquet…
— C’est Grüssmann. Constance Grüssmann.
— 46 ans, divorcée de Jérôme Luquet ?
— Oui.
— Suite à violences conjugales ?
Constance Grüssmann répondit encore une fois par l’affirmative tandis qu’on lui apportait un café qu’elle n’avait pas demandé. La situation lui paraissait aussi étrange qu’elle nous l’aurait paru à sa place. On venait de lui faire parcourir presque 400 kilomètres sans explications pour lui poser des questions sur ses PV de stationnement et son divorce ?
Elle jeta des regards désorientés autour d’elle. L’élégant commissaire discutait avec ce qui lui semblait être un camé dissimulé sous sa capuche. Une jeune femme blonde examinait des documents avec des gens qui devaient être des policiers en civils. D’autres vaquaient à diverses occupations probablement en lien avec leur travail.
— C’est Luquet que vous fuyez en allant chez votre sœur sans prévenir personne ? Il a recommencé à vous battre ?
Constance sursauta comme son attention était à nouveau sollicitée par le policier de l’autre côté du bureau.
— N… Non…
— Vous savez, Madame Grüssmann. Si c’est le cas, nous pouvons enregistrer la plainte. Elle sera aussi valable que celle de nos collègues mosellans.
— Non, confirma-t-elle. Il n’a pas recommencé.
Constance Grüssmann porta son attention au forfait post-stationnement entre ses mains. Où voulaient-ils en venir au juste ?
— Celui-ci, vous l’avez pris à Vallon-Pont-d’Arc. Le jour où un homonyme de votre ex-mari a témoigné à la gendarmerie.
— Un homonyme.
Le policier, plutôt costaud, bascula en arrière sur sa chaise qui protesta.
— Oui, nous savons que ce n’était pas lui, parce que votre mari était hospitalisé ce jour-là.
— Ex-mari.
Clément poursuivi sans relever.
— Votre enfant était en Moselle, lui aussi ?
— Oui, chez sa grand-mère.
— Vous avez pu avoir de ses nouvelles depuis que vous avez suivi les policiers de Lons-le-Saunier ?
— Non. Mais je ne comprend pas à quoi rime tout ça.
Clément se leva.
— Détendez-vous, Madame Grüssmann. On va vous laisser un peu d’intimité pour l’appeler.
Evidemment, ce n’était pas vrai. Gastelier se tenait prêt à tout enregistrer. Sauf qu’il n’y eut rien à enregistrer. Demesy et Rosenkreutz observaient depuis leur position, l’inaction de cette femme. Les ombres semblaient jouer sur son visage pourtant impassible. Dehors, la pluie donnait un aspect dramatique au tout. La sonnerie d’un téléphone sur un bureau rendit son cours au temps.
Constance Grüssmann réagit. Chercha quelque chose ou quelqu’un du regard. L’Inspecteur Clément, fidèle à son mantra de bien s’hydrater, s’approcha d’elle avec un verre d’eau qu’elle accepta.
— C’est marrant les coïncidences. L’homonyme de votre mari était accompagné d’un enfant avec le même genre de handicap que le votre.
— Pardon ?
— Oui vous savez… Un gamin perdu dans un autre niveau de compréhension du monde qui nous entoure.
Elle tiqua, se raidit, sans se défendre pour autant. Demesy et Rozenkreutz n’en perdaient pas une miette jusque’à ce qu’Hélène s’approche pour une précision.
— Dites Commissaire, j’ai vos notes de cet été sous les yeux. Et un truc m’interpelle.
— Mes notes ? Dites-moi, tout.
— J’y lit que, d’après la gérante de l’hôtel, les chambres ont été réglées à l’enregistrement. Or, d’après les éléments d’enquête, les chambres ont été payées d’avance.
Émile eut un dernier regard pour Grüssmann et Clément que rejoignait Edgery. La phase deux allait commencer. Puis il reporta toute son attention sur Hélène qui avait décidément plus d’allure en civil qu’en uniforme.

Crédits Photo : Craig Whitehead
Carte interactive "Les Enquêtes du Commissaire Demesy"
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