E.
Écriture :
La première fois où j’ai pris plaisir à écrire fut assez « particulière ». Nous étions dans le cadre d’un devoir de français, durant mes études secondaires (le bac, maintenant en France) option à l’époque : Latin-Grec. Il nous était demandé de rédiger une lettre de condoléances.
Sujet sensible et complexe pour des ados de 16 ans. J’ai donc rédigé ce courrier à l’attention de mon ancien professeur de 5-6e primaire (CM2-6e en France) dont l’épouse était décédée. Ce n’était pas le cas, mais j’ai imaginé l’événement et la douleur de Monsieur Morand que j’avais toujours beaucoup apprécié lors de mon passage dans ses classes. Les mots coulèrent, évidents, sur le papier et je me ramassai le seul 10/10 de ma « carrière » estudiantine.
Ensuite, la vie, le travail m’ont tenu loin de l’écriture. À une exception près : durant les premières années de mon mariage, je pratiquais le jeu de rôle. Au grand dam de ma jeune épouse qui me voyait partir une fois par mois, pourfendre les monstres de Lovecraft ou mener des parties de jeu dans l’univers des Princes d’Ambre de Roger Zelazny.
Tout cela, jusqu’à pas d’heures, bien sûr (je rentrai de ces soirées à 5 h du matin).
Je créais donc à cette époque des scenarii ou des historiques de personnages très fouillés. Les monstres ne m’ont jamais tué, ma chérie par contre...
Émerger :
Le rêve de tout écrivain. Sortir du lot, être édité, lu, voir les ventes se multiplier. Ceci dit, de nombreux candidats, peu d’élus.
Alors que je me nage, vogue, surnage, coule dans la phase de correction, relecture, réécriture de mon premier roman, j’avoue avoir également imaginé un jour…
Et puis, je suis redescendu sur terre.
Je me suis documenté, j’ai lu nombre de retours d’auteurs déçus par les refus des maisons d’édition classiques. J’ai découvert la technique de la première phrase lue par les professionnels et souvent l’arrêt de la lecture après celle-ci parce que pas suffisamment percutante. Est-ce vrai ou pas, je n’en sais rien.
Ma retraite, comme je l’ai explicité doit devenir une source de bien-être et de plaisir.
Je ne me prendrai pas la tête, je ne vivrai pas d’espoirs déçus.
Certes, j’enverrai mon tapuscrit vers des maisons d’édition belges (je viens d’envoyer ce qui m’était demandé pour un appel à textes en ce sens, refusé depuis...), jamais je ne « m’autostresserai » en attendant une d’hypothétique acceptation de mon écrit.
Je vais, sans doute, me diriger vers l’autoédition (ma raison aussi d’avoir rejoint Panodyssey), et j’espère séduire quelques personnes, les inciter à lire L’Emballement.
Si un seul retour me signifie que le lecteur a été transporté, interloqué, amusé par le sujet, alors j’aurai tout gagné.
Exorciser :
Voui, je me dois de vous exorciser, oui, vous, mes amis du beau pays de France. Il faut absolument que je chasse ce démon qui vous étreint.
Cet esprit tentateur autant que frappeur vous tenaille, je le vois dans vos yeux, je le lis dans vos textes.
Ce diablotin qui vous force à regarder les Belges comme des êtres certainement pas inférieurs, mais qui ne font pas vraiment partie de votre monde.
Hé les gars, je rigole, hein !
Ceci mis en place, je me dois surtout de vous expliquer que :
- « Parrrler comme ça, une fois ! » est loin d’être l’accent belge, l’accent belge n’existe pas. Les accents belges, oui des dizaines, tous différents en fonction des régions. Celui évoqué plus haut ne représente presque qu’un seul quartier (les Marolles) situé à Bruxelles. Bruxelles où vous pourrez en découvrir de bien plus complexes. Comme chez vous, l’accent du sud, l’accent parisien, l’accent alsacien et bien d’autres. Quoi qu’il en soit, lorsque vous visitez le Plat Pays, dites-vous bien que nous vous reconnaissons également grâce à votre "accent français".
- « C’est… que... », « c’est… qui » sont des belgicismes, gardez cela en tête lorsque vous rédigez.
- Petit manuel rapide, juste pour rire : septante = soixante-dix, tantôt = tout à l’heure (passé ou futur proche), un kot = un appartement étudiant, un bourgmestre = un maire, l’administration communale = la mairie, un essuie = un torchon, une mitraillette = un sandwich garni de frites, de viandes et de tout un tas de choses impossibles à décrire.
Ce mot n'est pas à prendre au sérieux, « une fois », j’ai beaucoup ri en le rédigeant tout en ayant une pensée émue pour mon beau-frère lyonnais à qui je m’évertue d’inculquer l’apprentissage du wallon, le dialecte régional de certaines parties francophones du pays.
Au fait, je vous ferai grâce de la description de notre système étatique, vous y perdriez votre latin, votre français et vos accents.

Illustration Vincent Rivaud @pexels.com
Emballement :
L’Emballement pour être précis, mon premier roman en gestation. Débuté en février 2024, rédaction terminée en décembre de la même année à quelques heures du réveillon de Noël, en relecture, correction, réécriture depuis. Il est parti en appel à textes. J’attends le retour. Que dire ? Sarah, Georg, Fidelia et Ismaël vont chacun à leur manière se lancer dans un tourbillon d’aventures, chacun dans un but bien précis sans imaginer que certains font partie d’un plan échafaudé sur plusieurs générations. Vous désirez en savoir plus, c’est par ici : https://mondo-assurdo.be/lemballement/
Empathie :
Parlons des absents, des disparus, de ceux qui sont morts. Elle en fait partie.
L’empathie était un concept concret, factuel dans mes jeunes années. Je la voyais se développer dans les villages de mon enfance, lorsque l’on s’intéressait encore à son voisin, que l’on se réunissait à plusieurs pour aider une famille dans la difficulté.
Plus tard, en sortie, j’avais dix-sept ans, on aidait et on raccompagnait un inconnu trop éméché afin qu’il reste en sécurité. Je me souviens avoir organisé, il y a de cela une dizaine d’années, une collecte d’objet de première nécessité, de vêtements, de meubles pour une collègue qui avait subi l'incendie de sa maison. Cela nous semblait tout bonnement logique et normal.
Les réseaux ont emporté des pans entiers de cette empathie. Cachés derrière leurs écrans, les spécialistes de tous bords, les petits dictateurs de salon, les donneurs de leçons anonymes ont fleuri, rabotant lentement le vivre ensemble.
Ensuite le confinement a tout emporté. Il n’a laissé que ruines, égoïsme et méchanceté.
L’IA devenue reine, elle prend part à la déstructuration de ce qui reste, elle se substitue, prend la place des hommes et réfléchit pour eux : un article récent m'apprend que sans l'IA, Israël et les USA n'auraient atteint que 5 à 10 % de leurs objectifs de frappes en Iran ("Une guerre algorithmique, on observe un aveuglement par rapport à l'efficacité de l'IA" La Libre, 24 mars 2026). L'IA n'étant pas exempte d'erreurs, ils ont touché une école et des enfants au premier jour de la guerre !
C’est dramatique.
La mort de l’empathie, un sujet qui me touche et que j’ai mis en mots en me référant à l’évolution du travail que je viens de quitter : https://www.panodyssey.com/fr/article/science-fiction/sybille-qswgqjmcjs2d

Illustration : Introspective DSGN @pexels.com
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Jackie H hace 6 horas
Nous devrions former un club d'anciens gréco-latinistes, je crois que nous sommes plusieurs ici sur Panodyssey 🙂
Je me reconnais dans votre Émergence 🙂 (quand la fièvre me prend et que je pense que je tiens quelque part quelque chose de grand, la voix de ma conscience monte la garde et m'intime de garder les pieds sur terre : Stephen King lui-même a passé des années à se faire refuser et a dû à un moment donné acheter un clou plus long pour y épingler ses lettres de refus, rien de tel que d'y repenser pour revenir à une saine humilité 🙂).
"C'est... que" et "c'est... qui" sont des gallicismes, pas des belgicismes : ce sont des tournures caractéristiques de la langue française que même l'anglais nous copie ! 🙂
Quant à l'Empathie, elle prend d'autres formes, par exemple celles de cagnottes lancées sur les réseaux sociaux...
Line Marsan hace 6 horas
Sourire aux lèvres devant ton explication sur l'accent belge imaginé et sur le sandwich "mitraillette"... 😁 Sourire encore devant ton passé de rôliste de retour vers sa femme courroucée. Tout me plaît, tout m'intéresse. Quant à L'Emballement, ce livre existera. Savoir que l'autoédition existe ( avec sa propre cohérence pas bête du tout, comme l'impression à la demande) permet d'avancer sereinement : tu Émerges sur les eaux neuves de ta retraite et sur le navire Panodyssey. 😘 Dernière anecdote ; tu parles de personnes déçues d'avoir été refusées par les maisons d'édition. Et bien moi, j'ai connu une personne déçue d'avoir été acceptée car finalement la ME n'a pas promu son livre, n'a rien changé à sa vie d'autrice.
🫶♥️🌈🌿☀️
Harold Cath hace 6 horas
Merci pour ton retour sur l'édition, j'ai décidé de prendre mon temps, de vivre mon rythme de retraité et de comparer les offres d'auto-édition.
Pour le moment Book on Demand me semble intéressant, mais je n'en suis qu'au début. Si certaines personnes ont des retours d'expérience sur cette société ou d'outres, je suis preneur.