Ce que Harry Potter m'a appris
Ce que Harry Potter m'a appris
En tant qu’écrivain, il me paraît indéniable de dire que je suis constamment à la recherche du livre qui saura m’éblouir, et ce, pour deux raisons. Premièrement, parce que comme tous ceux de mon espèce, je suis une lectrice assidue avant tout et j’aime que l’on me raconte des histoires. Deuxièmement, parce que tout écrivain est en quête de perfectionnement. Pour cela, il lui faut non seulement lire, mais aussi analyser la structure de l’œuvre qui lui tombe sous la main ; afin d’améliorer son écriture, de nourrir son âme ou encore, de retrouver l’inspiration, c’est à travers les mots des autres que nous pouvons sublimer les nôtres.
Et cela tombe bien. Dans l’article du jour, nous verrons ce qui transcende un récit en prenant appui sur l’histoire du plus célèbre des sorciers, Harry Potter.
Une œuvre, forte de son humanité
Ce qui nous enchante tant avec Harry Potter, c’est qu’il agit comme le ferait chacun d’entre nous. Nous sommes témoins de ses pensées, partageons chacune de ses émotions. Comme s’il s’agissait d’une partition, l’auteur écrit toujours avec justesse, joue finement avec la psychologie de son héros, et cela, sans la moindre fausse note. Il en va de même pour les autres personnages qui sont traités avec tout autant de minutie. Certains prennent de la place au fil des tomes, d’autres tombent dans l’oubli, mais chaque personnage exposé au-devant de la scène apporte quelque chose d’innovant. Aucun n’est jamais dénué d’intérêt. Et c’est ce qui en fait toute la force.
Prenons pour cela l’exemple de Luna Lovegood, cette jeune fille un peu excentrique que l’on rencontre pour la première fois lors de la scène du train dans l’Ordre du phénix. C’est une scène vue et revue à chaque rentrée, la fameuse traversée du Poudlard Express effectuée par nos élèves jusqu’à l’école. Dans cette scène que l’on a déjà intégrée maintes et maintes fois, survient ce nouveau personnage dont on ne sait strictement rien. D’entrée de jeu, Luna Lovegood étonne le lecteur. Par son étrangeté, sa façon atypique de voir le monde et ses réactions jugées disproportionnées, nous sortons de cette entrevue, surpris, mais intrigué ; comme nous le serions avec quelqu’un qui exercerait sur nous, un certain charisme.
Au-delà des premières rencontres, des liens forts s’établissent également entre nos différents protagonistes. Sans parler de l’amitié qui subsiste entre notre trio de base, chaque personnage évolue en binôme ou en groupe. Notamment, Lavande Brown et Parvati Patil, deux des camarades de classe de Harry que l’on voit toujours ensemble. La loyauté est donc l’une des vertus principales mises en avant, vertu qui rend les trahisons d’autant plus amères. Toujours dans l’Ordre du Phénix, après que Harry Potter ait été témoin du retour du seigneur des ténèbres, Seamus Finnigan, l’un de ses compagnons de dortoir, l’accuse de mensonges, de folie et de paranoïa. Une terrible dispute s’ensuit à l’issue de laquelle leur sentiment de camaraderie d’antan semble réduit à néant.
On peut donc déjà discerner que chaque personnage possède un caractère qui lui est propre. Quand certains sont connus pour leur intelligence, d’autres, en l’occurrence, sont reconnaissables pour leurs défauts. Percy Weasley, en est le parfait exemple. Préfet en chef lors de sa dernière année, connu pour sa rigueur et son sérieux, il apparaît comme un élève modèle, mais devient très vite agaçant quand ses principes moraux l’éloignent de sa famille et de ses amis, jusqu’à le rendre intransigeant. Mais là encore, l’intolérance dont il fait montre est en vérité, une preuve d’humanité. Intolérants, nous le sommes tous à un certains degré, et bien davantage lorsque nous sommes jeunes et inexpérimentés. En développant aussi longuement ses personnages, J.K Rowling dépeint non plus un tableau figé mais une fresque vivante qui rend la vulnérabilité de ses personnages attachante.
Des dialogues maîtrisés à la perfection
Ce qui m’a le plus frappé durant mes nombreuses lectures, c’est avant tout la qualité des interactions qui subsiste entre les personnages. Je dirais même qu’elles se bonifient au fur et à mesure des tomes, exactement comme le ferait un bon millésime avec le temps.
On retiendra en priorité, celles qui ont lieu entre les jumeaux Weasley et leur mère, exaspérée par leurs bêtises récurrentes. Et pour cause, les deux garçons sont incorrigibles et c’est leur ingéniosité sans borne qui fait leur particularité. À leur façon, ces deux-là apportent une touche d’humour qu’en tant que lecteur, nous raffolons et qui, devient rapidement incontournable. Cette saga serait assurément différente sans eux. Ils figurent parmi les personnages les plus appréciés et demeurent à mon sens, l’un des atouts majeurs de la réussite de celle-ci. Ajoutons que l’humour est une caractéristique importante. Un roman qui en est dépourvu peut facilement manquer de charme. Cela dépend bien évidemment du sujet traité, mais il est à noter qu’une certaine finesse d’esprit est toujours reconnue, car elle interrompt momentanément le lecteur, le rend plus présent et l’invite parfois même à se questionner. Tout comme les condiments utilisés en cuisine, c’est un ingrédient qu’il faut savoir doser. Alors n’hésitez pas à l’utiliser.
Après avoir évoqué les indomptables Fred et Georges, comment ne pas évoquer Ron et Hermione et leurs incessantes disputes ? Là encore, J.K Rowling fait transparaître chaque échange avec un réalisme saisissant. Les conflits, font partie intégrante du quotidien de chacun. Qu’ils surgissent pour des broutilles ou pour des sujets détonant de gravité, ils n’en sont pas moins essentiels. Parfois même, ils demeurent la seule alternative pour exprimer ce que l’on ressent. Dans le cas de notre duo, cela constitue une façon efficiente de communiquer. Pourquoi donc, me direz-vous ? Car ces deux-là, en plus d’avoir des caractères diamétralement opposés, ont une façon bien à eux de voir le monde. Hermione, première de la classe, naturellement douée et fine observatrice, a des avis bien tranchés sur la plupart des sujets. Ron, paresseux, peu porté sur les études et luttant contre un manque flagrant de confiance en lui, se cache sans cesse derrière son ironie. Leurs divergences d’opinions créant souvent des étincelles, il est donc parfaitement logique que le ton monte entre eux, d’autant que l’ambiguïté des sentiments qu’ils développent l’un à l’égard de l’autre en grandissant, amplifie leur incapacité à se comprendre mutuellement.
Dans cette continuité, les dialogues entre élèves et professeurs sont tout aussi intéressants. En prenant le parti de nous montrer le déroulé de la plupart des cours, J.K Rowling crée peu à peu, une certaine proximité entre nos héros et leurs précepteurs. Leurs rapports s’en trouvent changés. Qu’ils soient bons ou mauvais, nous entrevoyons des ressemblances qui font elles-mêmes écho à nos propres vies. Prenons le cas de Rogue, par exemple. L’inimitié qui existe entre Harry et lui, nous remémore forcément de mauvaises expériences. Qui n’a jamais connu un enseignant détestable, cruel et en qui nous ne pouvions aucunement avoir confiance ? L’injustice de Rogue nous remue les intestins et ravive en nous des souvenirs potentiellement douloureux ; c’est à travers un cas de figure aussi évocateur que l’auteur pousse le réalisme toujours plus loin.
Ainsi, quel que soit le degré de familiarité qui existe entre les personnages, leurs interactions demeurent toujours d’une justesse imparable. Une intention de l’auteur qui nous permet d’apprécier le monde fictif dans lequel nous évoluons.
L’intrigue, une affaire rondement menée
Pour une œuvre d’une aussi grande ampleur, on peut d’ores et déjà affirmer que J.K Rowling a accompli un véritable prodige. Les écrivains chevronnés le savent : pour qu’une histoire soit réussie, il faut tout d’abord que celle-ci possède une ligne conductrice que l’auteur doit respecter tout du long. Afin d’éviter toute sensation de confusion pour le lecteur et de lui épargner l’incompréhension, nous nous devons d’être pointilleux. Ensuite, rappelons que chaque détail invoqué à un moment ou un autre du récit doit participer au dénouement de celui-ci.
Dans le cas de Harry Potter, l’exploit est à saluer. Non seulement, ce que l’on pensait être des détails est réutilisé sur plusieurs tomes, mais chaque subtilité énoncée améliore notre compréhension globale de l’univers. À titre d’exemple, nous pourrions parler de la Gazette du sorcier. Ce journal, réputé parmi les adeptes de la baguette, fait une apparition très remarquée dès le premier tome. Rappelez-vous, de cette scène spectaculaire où des hiboux envahissent la salle de banquet de l’école lors du petit-déjeuner afin de déposer le courrier aux élèves. On pourrait croire qu’il s’agit là d’un simple élément de décor, mais il n’en est rien. Au fil de l’histoire, le journal prend de l’importance et vient s’inscrire au cœur même de l’intrigue. Avis de disparition, décret de loi, publicité mensongère, par ce biais, J.K Rowling prend le parti d’informer régulièrement nos protagonistes et ce, en même temps que le lecteur. Un procédé brillant qui, au-delà de nous apporter des nouvelles du monde des sorciers, nous fait plonger dans celui-ci encore plus éperdument.
Pour aller avec cette analyse, l’une des plus grandes forces des sept livres est sans conteste, le temps que nous passons à les lire. Le nombre de pages augmente considérablement au gré des tomes et multiplie à cet effet, nos heures de lecture. Attention, je ne dis pas qu’il faut écrire un pavé pour qu’il soit nécessairement bon - certains sont indigestes – toutefois, un écrivain doit être en capacité de développer son intrigue intelligemment. Par cela, j’entends qu’il ne faut pas hésiter à ajouter des scènes si celles-ci nous semblent pertinentes, rallonger nos dialogues s’ils ne sont pas suffisamment intelligibles et approfondir la psychologie de nos personnages suivant les besoins du récit. Nous devons nous fier à notre voix intérieure et ne jamais douter de sa parole. Car c’est en écrivant ce que nous dicte notre intuition que pourra jaillir la plus belle part de notre créativité.
Si J.K Rowling nous paraît douée d’un tel talent, c’est justement parce qu’elle a su écouter ce que les muses lui susurraient à l’oreille. Elle retranscrit ce qu’elle voit précisément, laissant libre cours à l’inspiration qui lui vient, sans contrainte ni interdiction. Aussi simplement que si c’était le nôtre, elle nous décrit avec minutie le quotidien de ses personnages, faisant de chaque instant de vie, une aventure sous-jacente. De cette façon-là, la routine ne nous paraît point ennuyeuse. Mieux, nous en redemandons. Il y a ainsi parmi les sept tomes, nombre de scènes qui pourraient être qualifiées de répétitives, nombre de passages qui pourraient très bien être omis, pourtant, ceux-ci font toute la richesse de l’histoire. Des repas dans la Grande Salle, aux soirées dans la tour de Gryffondor, en passant par les détours fréquents à la volière, les heures de classes ou les entraînements de Quidditch, à chaque ligne qui nous est proposée, nous quittons notre position de lecteur et devenons peu à peu, acteurs de l’histoire qui nous est racontée.
Un seul article ne suffirait pas à prélever toute la quantité de magie déposée entre les pages de cette saga incontournable. Quoiqu’il en soit, que l’on aime ou non son auteur, Harry Potter possède une âme que nul sur terre, ne pourra jamais lui enlever. Pour un écrivain, il s’agit là d’une mine d’or à exploiter, ne serait-ce que pour parfaire son apprentissage de la littérature. En termes d’écriture, c’est bien sûr une œuvre qui mérite d’être lue, étudiée et surtout respectée. Et qui sait, peut-être qu’un jour, nous recevrons à notre tour, une lettre qui nous annoncera que nous sommes depuis tout ce temps de véritables sorciers.
Axelle B.
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