La vie s’occupe du comment
Depuis plusieurs mois, je marche, je tombe, je me relève, avec la peur.
Elle est là dès le matin, je la sens dans ma poitrine, dans mon souffle,
dans mes jambes qui se tétanisent, mon corps qui devient lourd,
derrière les angoisses, les moments de stress.
Elle est-là.
Depuis 5 mois.
Elle a changé de visage, elle a changé d’intensité.
C’est même comme si elle s’était dépouillée au fil des mois,
pour me montrer son vrai visage, ou plutôt ses racines.
Depuis trois semaines, je suis en train de toucher, de prendre conscience, du pourquoi j’ai peur
Un pourquoi caché sous des couches.
Un pourquoi dont j’étais consciente et que je pensais résolu.
J’ai l’impression de « de-voir » revivre la peur éprouvée dans l’enfance,
dans ma vie de couple,
au travail quand j’étais salariée,
maintenant,
comme une dernière fois,
pour l’accepter, la comprendre, me pardonner, transformer.
Comme si c’était la dernière porte à ouvrir
pour que je puisse m’accomplir, m’épanouir,
trouver la paix en moi, faire la paix autour de moi.
Alors je la laisse être là,
me montrer,
et je vois :
Un homme
Une femme
Une pression thoracique
Une incapacité à parler
Une incapacité à dire non
Une incapacité à nommer ce que je veux
Une incapacité à poser mes limites
Des pertes
Une perte d'envie, de désirs
Un sentiment d’injustice,
Un sentiment d’impuissance,
Une incompréhension,
Une non-écoute,
Une négation de qui je suis,
Une sensation de piétinement,
La colère, la tristesse
La fatigue qui alourdit tout mon corps
Je vois aussi mes tentatives,
être gentille, tenter de plaire,
pour arrondir les angles,
pour tenter d’avoir la paix,
pour retrouver du confort en moi et autour de moi.
Et, je vois aussi que « ça » ne « règle » pas le problème.
Je me suis aussi vue fuir, mettre de la distance,
faire tout un tas de reproches aux autres,
pour me protéger,
ne pas m’exposer à l’émotion qui prend mon corps au contact de cet autre.
J’ai senti la paralysie en moi;
une hyper-agitation aussi souvent
J'ai vu mes dispersions, mes recherches de récompenses immédiates,
Ma perte de plaisir et de sens dans ce que je faisais ... pour m'en sortir.
J’ai la sensation de « de-voir » vivre cette expérience comme pour voir avec mes yeux d’adulte,
sentir dans mon corps d’adulte,
pour pouvoir observer, prendre de la hauteur, mettre de la lumière,
sur cette oppression ressentie enfant et ré-éprouvée tout au long de ma vie face à des figures d’autorité.
Ces personnes que l’on place au-dessus de soi
par loyauté,
pour des questions d’éducation, de respect, de considération, de codes sociaux aussi parfois,
parce qu’elles sont censées – à nos yeux – nous apporter quelque chose
que nous croyons ne pas avoir en notre for intérieur,
que nous pensons ne pas pouvoir acquérir seule,
elles répondent à un besoin profond
LA SECURITE
Que nous croyons ne pas avoir en nous-même.
La sécurité d’un toit
La sécurité d’un emploi
La sécurité financière procurée par un travail.
On croit, à ce moment-là, que cette « figure » face à nous, a ce pouvoir-là,
Ce pourvoir de nous offrir cette RICHESSE :
LA SECURITE
Et que si nous perdons le lien avec elle,
Nous mourrons.
Je vois aujourd’hui,
Après avoir traversé ces 5 mois,
que ce ne sont que des illusions de sécurité,
que je me suis accrochée à elles comme une sangsue,
dans l’espoir qu’elles résolvent mon insécurité intérieure,
qu’elles m’ouvrent la porte de l’accomplissement et de l’épanouissement.
Ça n’a pas marché,
malgré tous mes efforts,
mon acharnement à trouver des solutions,
le courage, les forces que j’y ai mis.
Le constat est que ça n’a pas marché.
En 5 mois, j’ai tout perdu :
-Mon activité professionnelle et les revenus qui allaient avec ;
-Mes repères en changeant de région ;
-La proximité de mes amis ;
-La voiture qui me permettait de sortir, de me déplacer.
Mais aussi, la confiance que j’avais en moi, en mes capacités de rebondir,
l’estime de moi a pris une grande claque.
J’ai vu que j’avais perdu la foi en mon projet professionnel, la foi en moi.
Si j’ai tout perdu jusqu’à me retrouver sans ressources et sans perspectives, immobilisée chez moi ;
J’ai gardé une présence et un soutien indéfectible : mes animaux
Ils m’ont montré ce que j’avais à apprendre.
Je les ai observés.
Eux n’avaient pas peur, ils faisaient confiance, ils continuaient de vivre.
Ils avaient foi, ils n’avaient pas d’attentes.
Alors que je survivais,
Eux, ils vivaient ce qu'il y avait à vivre ici sans se préoccuper du lendemain et encore moins du sur-lendemain,
sans aucun jugement sur la situation.
Je me suis retrouvée sans ressource,
épuisée d’avoir cherché tout autour de moi cette sécurité.
Et une question a émergé ces quinze derniers jours :
Parce qu’avoir un toit, un travail, de l’argent sur mon compte, des amis autour de moi me donnent une illusion de sécurité je devrais renoncer à mon intégrité, renoncer à moi ?
C’est impensable dit comme ça.
En réalité, dire et appliquer ce NON et se choisir,
c’est comme vouloir ouvrir une porte de plusieurs centaines de kg,
on pousse, on aimerait entrer mais, c’est trop dur :
Cette porte :
c’est s’autoriser à être,
se donner le droit de dire NON,
se choisir,
décider que le respect de son intégrité – morale, physique et spirituelle - est non-négociable.
C’est difficile d’ouvrir cette porte,
on sent que ça résiste à l’intérieur de soi,
il y a un truc qui bloque,
un verrou qui ne veut pas sauter.
C’est comme si cette expérience saisissante vécue dans mon corps ces 5 derniers mois
me montrait,
pour que j’accepte vraiment,
pour que je soigne définitivement et profondément, maintenant, cette blessure du passé.
Cette expérience que je vis ici m’offre la chance de dire NON,
de poser des limites claires et saines,
de m’exprimer, de dire ce que je veux, ce que je ne veux pas,
de ne plus accepter l’inacceptable aujourd’hui :
le sacrifice de ma propre intégrité en laissant l’autre me piétiner.
Je vois aussi que cet autre est le miroir de moi-même,
il me piétine pour que je vois à quel point je me piétine aussi.
Ce que je n’ai pas pu faire et être enfant et à différents moments de ma vie passée;
Je vois que je peux :
Le faire, le dire, l’être AUJOURD’HUI
Je vois dans cette expérience vécue ces 5 derniers mois
que je ne m’autorisais pas à me défendre.
Je ne m’autorisais pas à défendre ma propre intégrité.
Je l’ai piétinée et l’ai laissée être piétinée,
Elle devait passer après celle des autres.
Je vois que je l’ai sacrifiée sur l’autel de mes croyances.
Je vois dans cette expérience,
que je ne me suis pas autorisée à honorer l’être que je suis dans toutes ses dimensions,
à écouter vivre son corps et ses messages,
à répondre moi-même à ses besoins.
Qu’envisager de me défendre me paralysait
C’est paradoxal, parce que je suis formée en droit et que j’ai une expérience solide dans ce domaine ;
Que je sais « défendre » les autres.
Dans cette expérience, j’ai vu que c’est difficile pour Soi
parce que « Se défendre » touche quelque chose de plus intime,
c’est défendre le vulnérable en soi,
c’est se faire son porte-parole,
faire entendre sa voix, cette voix qui jusque-là ne l’était pas,
restait silencieuse ou chuchotait si bien qu’on ne l’entendait pas.
Dans cette situation que je vis aujourd’hui,
comme pour ouvrir ma vision, me montrer l’équilibre en toute situation,
me rappeler que j’ai toutes les capacités, les forces aujourd’hui ;
Une femme est restée présente, m’a soutenue tout au long de cette traversée : ma mère.
Et, un autre homme m’a tendu la main,
pour que je vois qu’
AUJOURD'HUI, MAINTENANT,
je peux, je sais, j’ai les capacités de me défendre,
il suffit que je le décide.
Quand on s’est construit sur un socle d’attachement insecure,
surtout quand le traumatisme est né de violences, physiques, psychiques ou de négligences,
la préservation de sa propre intégrité – physique, psychique, spirituelle - est un vrai défi.
Car, dans l’enfance on a cru que l’on n’était pas autorisé à se défendre,
qu’on ne pouvait pas se défendre, qu’on n’en avait pas le droit.
On aimait profondément nos parents – malgré tout –
on ne voulait pas perdre leur amour, on avait besoin d’eux.
Et puis, on a cru que « c’était de notre faute »,
qu’on méritait cette forme de punition.
Depuis 5 mois et ces dernières semaines encore plus,
je vis un de ces défis de la vie, très inconfortable, très bouleversant intérieurement,
je vois, j’accepte :
La réalité ici ne correspond pas à ce que j’avais imaginé,
Ne correspond pas à mes aspirations,
La réalité ici me vide, m’éteint
alors que je croyais qu’elle me nourrirait et me permettrait un plein épanouissement.
J’ai confiance que je vais apprendre de cette situation.
J’ai la foi qu’elle porte en elle un cadeau,
même si c’est difficile et très inconfortable de vivre le processus.
Aujourd’hui, cela fait 6 mois, jour pour jour, que je suis arrivée dans ce nouveau lieu.
Arrivée avec un rêve, une promesse aussi faite à moi-même, d’épanouissement et de liberté d’être.
Je ne réalise pas – encore – ce rêve et la vie m’a proposé de vivre d'autres choses – avant :
- 3 urgences vétérinaires le premier mois
- 3 semaines après notre arrivée, le cheval qui ne m’appartenait pas qui nous a accompagné, m’a été abandonné. J’ai accepté cet abandon et ai accepté de prendre en charge toutes ses dépenses
- Les portes auxquelles j’ai frappé pour lancer mon activité pro ici sont restées fermées – sauf une ! celle à laquelle je n’imaginais pas frapper à nouveau
- 5 mois d’intempéries durant lesquelles mon corps et mon esprit ont été mis à l’épreuve du froid, de la pluie, de la boue, d’une fatigue extrême à certains moments
- 6 mois d’isolement dans un environnement où je n’avais aucune attache, aucun repère qui m’ont fait éprouver une profonde solitude
- 6 mois de survie avec le minimum financier.
J’ai vécu toutes ces pertes comme un dénudement.
Comme s'il fallait ce dénudement
pour que je touche, je vois, je ressente la vulnérabilité en moi
pour que je n’ai pas d’autre choix que d’être avec elle
de l’écouter et de la laisser m’apprendre
sans pouvoir trouver une excuse cette fois pour la fuir,
sans avoir les moyens de la fuir.
Je suis avec elle depuis 5 mois,
nous avons traversé toutes les vagues ensemble,
ce dépouillement a été comme un lessivage intérieur profond,
pour ne laisser être que le minimum vital.
Je vois aujourd’hui que cette situation que je vis ne me dit pas
que j’ai fait quelque chose de mal pour mériter ça.
Elle me dit que j’ai le droit de me défendre, de dire non, d’être respectée, d’être moi-même.
Elle me dit aussi que quoi qu’il se passe, je suis soutenue, je reste en vie, je trouve des solutions.
Elle me dit que je suis capable de traverser le chaos, j’en ai la force.
Qu’est-ce que je choisis aujourd’hui ?
- Me taire, chercher la paix à n’importe quel prix, me sacrifier encore pour gagner une illusion de sécurité ?
- Dire non, risquer la rupture, honorer mon intégrité, faire confiance, avoir foi en la vie qui a un plan plus grand pour moi ?
Christine
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Comentario (1)
Jackie H hace 4 horas
On a peur de l'Autre
parce qu'on a peur de mourir
parce qu'on veut survivre
parce qu'on se croit incapable de survivre seul(e)
à soi tou(e) seul(e)
et parce qu'on croit qu'on a besoin de l'Autre
pour survivre
pour ne pas mourir
Ce dont on se sent coupable en fait
c'est de ne pas être à la hauteur
capable de faire ce qu'il faut faire
pour assurer sa propre survie
ni de faire ce qu'il faut par soi-même
tout(e) seul(e)
ni de gagner la faveur de l'Autre
qui le ferait pour soi
Donc qu'en fait on mérite de mourir
Et puis la survie nous pousse
envers et contre nous
dans nos derniers retranchements
Et on se découvre
à sa propre surprise
une force
et des capacités
qu'on ne se connaissait pas
Alors on sait qu'on est capable
de survivre tout(e) seul(e)
Et que c'était ça qu'il fallait
pour avoir confiance en soi
et se libérer de l'Autre
et s'autoriser à être soi