Quand l’on écrit là où l’on ne nous attend pas
Il y a un endroit inconfortable pour un auteur.
Pas la page blanche, ni le manque d’idées, mais ce moment précis où l’on s’apprête à écrire quelque chose que les autres n’associent pas à notre nom.
On nous connaît, sans prétention, souvent pour un genre. Une tonalité. Une manière de faire.
À force, cela devient une silhouette reconnaissable, presque assurante. Les lecteurs savent à quoi s’attendre, et nous aussi, parfois. Il y a une forme de sécurité dans cette attente partagée.
S’en éloigner, c’est entrer en terrain flou.
Ce n’est pas seulement changer de décor ou de registre, c’est accepter de ne plus être immédiatement compris. De perdre les repères que l’on avait patiemment construits.
L’inconnue commence là.
Dans cette question silencieuse : est-ce que j’ai le droit ? Est-ce que cela me ressemble encore ?
Est-ce que l’on va me suivre ?
Écrire dans un genre inattendu donne l’impression de trahir quelque chose.
Trahir une image, une promesse implicite. Comme si l’on devait une cohérence immuable à ceux qui nous lisent. Comme si évoluer était une rupture plutôt qu’un mouvement naturel.
Alors on hésite.
On se demande si l’on sera pris au sérieux. Si l’on ne va pas décevoir. Si ce texte ne sera pas lu avec des lunettes qui ne lui correspondent pas, comparé à ce qu’il n’essaie même pas d’être.
Pourtant, cette étrangeté a une énergie particulière.
L’absence d’attente libère quelque chose. Il n’y a plus de modèle à reproduire, plus de rôle à tenir. Juste une exploration, maladroite peut-être certes, mais sincère.
Dans cet espace, l’écriture redevient une recherche.
On avance à tâtons. On doute davantage, mais on écoute aussi autrement. Chaque phrase est une découverte, non parce qu’elle est brillante, mais parce qu’elle n’était pas prévue même pour nous.
Les lecteurs peuvent être surpris.
Certains décrocheront, d’autres resteront à distance. Et puis il y aura ceux qui verront non pas un virage, mais une nouvelle facette qui manquait peut-être.
Car un auteur est rarement un seul genre.
C’est un ensemble de voix possibles dont certaines restent longtemps silencieuses par prudence ou par peur d’être mal reçues.
Écrire là où l’on ne nous attend pas, ce n’est pas se perdre, c’est se livrer de façons multiples.
C’est reconnaître que la cohérence n’est pas dans le genre, mais dans le regard posé sur le monde.
Et peut-être que cette inconnue est précisément ce qui rend l’écriture vivante.
Un pas de côté. Un risque assumé.
Une façon de dire, je ne suis pas seulement ce que vous avez déjà lu.
Enchanté.
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Comentario (1)
Pascaln hace 17 horas
J'aime beaucoup ce texte sur cette idée d'écrire là où on ne nous attend pas. Et le questionnement ainsi soulevé par l'idée dans la tête de l'auteur.
Je crois qu'oser sortir de sa zone de confort est challengeant et en quelque sorte une véritable bulle d'oxygène autant que le courage de se remettre en question sur son univers habituel. En fin, cela peut aussi devenir une véritable nécessité lorsque ce fameux cercle de confort devient trop étroit et donc... inconfortable.
Ce n'est que mon point de vue.