Née au creux des incertitudes
Nommée, il ne lui restait plus qu’à s’accomplir selon la décision des hommes. C’eût été, du moins, une loi infrangible, un cheminement imposé pour quiconque se fût manifesté sous la figure de la docilité, de la soumission, de l’acceptation sans rébellion d’une loi qui lui fût extérieure. Cependant, si Nalya avait reçu des hommes le don de la nomination, pour autant elle ne pouvait que se soustraire à leur volonté de puissance, à leur instinct de domination. Car la jeune sauvageonne n’aimait rien moins que la liberté, le pur vagabondage, la fantaisie d’être ici ou là dans l’instant même où elle le décidait. Et puis, désignée par le prédicat infiniment fluide, disponible, transitif de « Nalya-de-l’eau », elle était pareille à la source jaillissante, à la rivière se glissant en ondulant parmi les rives semées de roseaux, pareille enfin à ces larges estuaires qui partageaient leur existence en mille et un bras afin de connaître l’ivresse du multiple, du polyphonique. Baptisée elle l’avait été à son corps défendant, sise au centre d’une cérémonie initiatique qui devait la livrer au monde avec l’estampille indélébile d’un destin scellé par avance.
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