l’été est une symphonie
Mais je ne te dirai plus avant le caractère versatile des hommes, leurs habitudes à regarder mille et mille choses et à n’en jamais retenir que quelques unes, comme de rares gouttes de rosée éclairant leur paume distraite. Mais, au juste, n’existe-t-il qu’une façon de contempler les âges successifs du monde qui nous entoure ? Y aurait-il une juste mesure, un subtil théorème qui nous intimeraient l’ordre de voir de telle manière et non autrement ? Non, tu le sais bien, toi qui inventories le réel avec la minutie d’une entomologiste, il y a une infinité de tournures selon lesquelles prendre acte des choses. Et ceci est tellement subjectif, lié à son propre tempérament, relevant de la cible privilégiée des affinités. Regardant tous les deux cette saison qui bascule en son contraire - l’été est une symphonie, alors que l’automne n’est qu’une fugue -, ce sont deux automnes qui se présentent à nous. Le tien peut-être plus coloré, plus joyeux, le mien, plus ténébreux, déjà pris dans les glaces de l’hiver, blanchi des neiges que pousse le blizzard. C’est si étrange de penser que ce qui se présente à nous n’a nulle consistance puisque seul le décret de notre volonté en dessine les contours, en écrit la fable. Non, le réel n’est pas un étalon fixe, invariable, que nous poserions à l’horizon de nos yeux sans que quelque phénomène ne vienne en altérer l’apparence.
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