la vastitude de la toundra
Je vous voyais, longuement attentive à emplir vos yeux de ces images intemporelles qui habitent les latitudes extrêmes. Ce que vous aimiez, par-dessus tout, c'était le recueil en soi d'une nature à la limite de quelque absolu. La plaque de la mer, seulement ridée du passage du vent, était la toile de fond sur laquelle reposait une manière d'île zoomorphe, au basalte foncé, aux éclaboussures de glace. La côte étirant sa gangue brune, la barrière de pierres noires qui la ceinturait, les montagnes basses à l'horizon, couvertes de neige et bordées de nuages, tout ceci dressait l'écrin de vos songes. Parfois, quittant l'assise de votre baie, pieds nus, vous montiez jusqu'à ce lac minuscule qui reflétait la banquise du ciel, la plaine aride et noire sous laquelle couvait encore le feu des premiers âges. Ce qui vous parlait et tressait, en vous, les palmes de l'affinité : la vastitude de la toundra pareille à une croûte de pain brûlée, l'eau de cristal des lagons côtiers, celle des marais seulement traversée de la patience des lichens, les étendues de sable à l'infini, la sombre cohorte des rochers, les jeux de lumière sur le cercle des galets. Occupée à seulement regarder, à laisser l'onde infiltrer votre peau, le vent s'immiscer dans la fente oblique de vos yeux. C'est ainsi que mon rêve vous installait dans la mystérieuse densité de cette île du bout du monde. Vous y étiez une mélodie du temps, la scansion des secondes tombant de la margelle des jours dans un puits sans fond. Vous y étiez cette courbure de l'espace, cette disposition à vous effacer derrière le nuage, à vous fondre dans la ligne souple du rivage, à glisser le long des lianes dans la stupeur du marais.
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