la mélancolique Maison Usher.
Arrivant au bout d'un sentier, dans le cercle parfait d'une clairière, d'abord je ne vous avais pas aperçue. Seul le Château de la Muette et, comme en retrait, à la lisière, le Pavillon de Chasse. Vous y demeuriez dans l'ombre bleue, à peine plus visible que la brume sur l'étang. Alors, vous apercevant soudain, je me suis arrêté. Vous étiez drapée dans un grand châle noir. Votre visage en émergeait dans une pâleur lunaire qui me donnait le sentiment d'une apparition. Un peu comme si, brusquement, je m'étais trouvé sur le bord d'une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Vous, dans la perspective de cette demeure austère dont les larges moellons de pierre blanche, les fenêtres aux cadres étroits, le sombre toit d'ardoises donnaient l'impression d'arriver hors du temps, vous donc, en un lieu indéfinissable. Comme en toile de fond, des phrases entières de "La Maison Usher" me revenaient en mémoire, genre d'équivoque marée qui faisait ses battements d'enclume dans la conque de ma tête :
"Pendant toute une journée d’automne, journée
fuligineuse, sombre et muette, où les nuages
pesaient lourd et bas dans le ciel, j’avais traversé
seul et à cheval une étendue de pays
singulièrement lugubre, et enfin, comme les
ombres du soir approchaient, je me trouvai en
vue de la mélancolique Maison Usher. Je ne sais
comment cela se fit, – mais, au premier coup
d’oeil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment
d’insupportable tristesse pénétra mon âme."
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