La lettre de plomb.
J'écoutais "La lettre de métal", une chanson du groupe Indochine. La lettre d'un enrôlé de la Première Guerre mondiale, une lettre à son fils. Il sait qu'il ne le reverra pas, qu'il ne reviendra pas des tranchées. J'avais en mémoire les images de ces manifestations à Paris et l'idée du texte qui suit a germé naturellement. Rien de sérieux, je ne cherche aucune controverse, ce sont uniquement des mots qui me sont venus et que j'ai laissé couler… Rien de sérieux et un sujet tellement grave.
----------
Papa, maman,
Je suis descendu sur Paris, malgré votre avis, malgré votre volonté.
Vous devez comprendre qu’il serait si simple de rester là, dans ma chambre, à regarder les images sur mon téléphone, couché au calme, sur un lit douillet. Charline en sera, je ne peux décemment pas la laisser et la voir monter seule au front. Nous nous battons pour une cause que je considère juste et nécessaire.
Le désengagement du gouvernement, des gouvernements successifs envers l’enseignement nous a conduits à des situations ubuesques. Nous en sommes réduits à manifester, nous, étudiants, pour obtenir des enseignants supplémentaires. Crier afin de ne pas nous retrouver sans cursus à suivre et, dans le même temps, réclamer pour bénéficier de toilettes décentes avec du PQ à disposition.
J’ai l’impression de vivre dans une dimension parallèle.
Nous n’avons rien des casseurs que vous voyez à la télévision, ces images qui exacerbent la peur et les tensions. Notre insurrection est saine, par contre noyautée par des personnes extérieures à notre mouvement, des idiots sans cervelle, skinheads sous leurs cagoules noires. Ils ne se rendent même pas compte qu’ils sont en tous points semblables à leurs opposés, la tête remplie de ces idées rouges clamées par des gueulards qui ne nous motivent en rien. Ils agissent ensemble, des fondements différents, diamétralement opposés et pourtant unis pour détruire. Nous sommes cependant tous pareils, avec le rouge de ce sang qui coule dans nos veines, blancs, noirs, peaux claires ou mates. Le sang affiche la même couleur lorsqu’il coule.
Bien entendu, mes pas seront de plomb lorsque j’entrerai de plein fouet dans la confrontation avec les forces de l’ordre. Je serai, je resterai calme, je protégerai Charline et je crierai à la face des politicards tout le bien que je pense d’eux, surtout tout ce que nous voulons pour l’avenir, pour nous, pour les générations qui vont nous suivre.
Bien sûr, le plomb des matraques ne fera pas de quartier, ne fera pas de différence entre nous et ces blackblocks, poussés dans la mêlée pour attiser la peine et la douleur, pour casser, brûler ce qui ne représente, en aucun cas, les symboles que nous voulons combattre.
Papa, maman, je ne peux rester près de vous, il n’est pas question de démissionner maintenant que nous sommes allés aussi loin.
Si je ne devais pas revenir sain et sauf, ne portez aucune haine infertile comme un flambeau, continuez à porter mon combat afin que je ne sois pas tombé pour rien.
Je vous aime.
Noah

Illustration : Oscar Ruiz @pexels.com

non-commercial use only
Ceci étant posé, pas touche aux textes, aux idées, aux images, tout cela ne t'appartient pas, le droit d'auteur est une réalité dont tu dois tenir compte.
Tu as envie d'en utiliser tout ou partie, prends contact, demande.
Une demande vaut une réponse et il y a toujours moyen de trouver un terrain d'entente.
Viens, je ne mords pas ;-)
Contribuisci
Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti


Commento (1)
Jackie H 11 ore fa
Pensée pour celle qui s'est fait matraquer en cherchant la protection de la police, et pour celui qui a perdu sa main en voulant relancer une grenade 😢😭
La prison pour les casseurs (et pas juste une semaine avec sursis !) 😡😡😡
Honte aux politiques de tous bords. 😡😡😡😡😡😡😡😡😡😡😡😡😡
Vive le peuple ✊🏻👍🏻👏🏻❤️