Le spectacle du monde
Nalya, parfois, se déguisait en voyeuse. Située dans les coulisses du hameau, elle observait les processions de croyants, ces noires déambulations qui gravissaient la montagne jusqu’à la croix qui, en plein ciel, jetait son ossature de fer pareille à la verticalité d’un châtiment. Elle se distrayait des baptêmes, se plaisait à écouter les murmures inquiets des officiants, à deviner les pleurs du nouveau-né qu’une onde salée parcourait en électrisant le jeune corps. Elle aimait regarder la pompe des mariages, les tenues guindées, les brocarts, les soies rutilantes, les hermines éclatantes et elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’il ne s’agissait que de cache-misère, de vêtures en trompe-l’œil, de simagrées se dissolvant bien vite dans les nécessités de la réalité. Scène de théâtre sur laquelle s’agitaient les marionnettes, castelet avec leurs touchantes figurines de bois polychrome, acteurs disant leurs rôles sous la dictée du souffleur. Nalya avait, de l’eau, le continuel bondissement, le mouvement ininterrompu, l’impétuosité, la fraîcheur, la vivacité tant et si bien qu’elle se fût dispensée de rives afin que son parcours rendu à sa neuve liberté, elle pût, telle l’étendue d’une mangrove, se dispenser là où elle le voulait sans qu’un huissier, un majordome vinssent lui souffler à l’oreille le lexique de son mouvement, l’inflexion de sa parole, la distance entre ses pas, la modalité de son accomplissement.
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