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Toi l’Etrangère, debout
Fiction
Tale
calendar Publicado el 15, oct, 2026
calendar Actualizado 15, oct, 2026
time 3 min
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Toi l’Etrangère, debout


Le réveil, ce matin, est semblable à ce fin brouillard fiévreux - marque de cette haute saison -, qui se voit renforcé par la présence de l’Océan. De fines gouttelettes en suspension qui talquent aussitôt le visage et y dessinent les minces ruisselets qui courent jusqu’à l’éperon du menton et font leurs gouttes étincelantes sur le sol de tomettes. Aujourd’hui je n’irai pas dessiner sur la falaise. Mon travail est en retard et la remise des textes à l’imprimerie est proche. Un petit déjeuner sur le bout du pouce. Juste une halte avant de me replonger dans l’écriture. Je prends mes jumelles et parcours la grande plaine liquide. Quelques voiles blanches au loin. Des promeneurs près de la ruine de granit. Ils édifient des manières de cairns qui regardent le ciel. De grands oiseaux gris décrivent des cercles au-dessus des falaises puis, soudain, obliquent vers l’intérieur des terres. Je les suis et en distingue les becs noirs, les rémiges tendues, le vol incisif, pareil à un coup de canif. Maintenant ils sont hors de portée et les deux cercles des jumelles sont vides de présence jusqu’à ce qu’ils se posent sur cette basse maison blanche que surmonte un toit d’ardoises. Les volets sont fermés à l’exception d’une pièce plus claire - une lumière y brille d’un vif éclat -, dont la fenêtre ouverte semble vouloir livrer quelque secret.

Il me faut accommoder un instant, attendre que ma vision se règle, s’habitue à ce clair-obscur au sein duquel je te vois, Toi l’Etrangère, debout, appuyée au marbre d’une coiffeuse, entièrement dénudée, dans la pose alanguie d’une femme à sa toilette qui, sans doute, applique sur son visage les premières touches de maquillage. Vois-tu, cette image me fait étrangement penser au « Nu provençal » de Willy Ronis, cette ambiance si intime, cet abandon de la courbe du dos à tout regard inquisiteur, cette attitude si doucement disponible à être l’icône inoubliable dont je peuplerai le ciel de mes rêves. Sans doute ne te sais-tu pas observée, détaillée par une vue qui pénètre loin dans la meute ouverte de ta féminité. Du reste tu n’en sauras rien. Demain, j’aurai bouclé mes bagages, en route vers le ciel de schiste de Paris, occupé déjà à peaufiner mes articles que mes lecteurs liront bientôt.

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