Damier Athalie
Chrysalide est arrivée à nous comme le prodige qu’elle est, un infini étonnement sur la courbure des jours. Elle est ici et là-bas et encore ailleurs sans jamais épuiser son essence. Elle est dans cette pliure étroite de l’hiver où elle prend naissance de la mort d’une saison. Elle est dans ce dépliement du printemps où elle métabolise ses potentialités, chrysalide à la tunique pleine de promesses. Elle est enfin en cet été, en cette brume solaire dont, papillon accompli, elle entoure son vol hésitant, comme la beauté réalisée qui se dit l’espace de quelques battements d’ailes. Hiver-printemps-été : scansions temporelles qui métaphorisent l’impréhensible dimension de ce qui passe et fuit toujours à l’horizon des choses, tout comme le sentiment d’amour ou la vive passion qui ne se révèlent qu’à la hauteur de leur flamme, autant dire dans l’orbe d’une disparition.
Damier Athalie
Elle est à la fois chenille, chrysalide, imago en sa dernière instance, ce magnifique papillon, Grand Porte-Queue aux ailes cendrées, aux macules bleues et rouge, ou bien Damier Athalie aux cellules blanches et jaunes, aux fines rayures noires. Elle est toujours à être, à se dévoiler, à se hisser hors de son cocon afin que, devant nos yeux éblouis, se manifeste sa beauté infiniment temporelle, multitude d’esquisses successives dont elle nous fait le don sans réserve.
Aujourd’hui corps blanc fluet avec les brindilles des bras qui dévident leur tunique de soie. Elle en émerge à peine, à la manière de toute chose fragile ayant constamment besoin de s’assurer de sa forme. L’île du visage est encore prise dans les mailles qui signent son passé alors que l’envol du papillon en est l’éphémère réalisation, un envol pour plus loin qu’elle dans le mystère du monde. Qu’était-elle hier ? Que sera-t-elle demain ? Déjà nous songeons à mille tableaux mouvants dont elle sera le centre de rayonnement.
Mais, au fait, où se trouve son être le plus vrai ? Quelle en est la station la plus accomplie ? Ou bien l’être n’est-il que cet indéfinissable qui change d’atours pour mieux nous berner, nous conduire aux portes du vertige ? Ne serait-ce pas ceci, en réalité, la fuite d’un invisible qui ne nous interroge qu’à précisément se rendre toujours insaisissable ? Ne serait-ce pas ceci ?
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