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V — Le miroir et les autres
Fiction
Erotica
calendar Publicado el 5, nov, 2026
calendar Actualizado 5, nov, 2026
time 5 min
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V — Le miroir et les autres

Je terminai mon maquillage en me rapprochant de la glace. Mes yeux, d'un bleu très clair, changeaient avec la lumière. J'avais longtemps trouvé cela anecdotique. Ce soir, je pris le temps de les regarder. Ils semblaient moins préoccupés de convaincre que de découvrir.


Je me surpris à imaginer les regards que je croiserais. Celui d'une femme attentive à la coupe de ma jupe, celui d'un homme sensible à ma silhouette, celui d'une personne qui ne remarquerait rien. Je m'amusai de la diversité de ces spectateurs invisibles. Leur jugement, au fond, ne dépendrait pas de moi. Mais je pouvais décider de la place que je lui accorderais.


La question n'était pas de savoir si je voulais plaire. Bien sûr que je le voulais, parfois. Je voulais aussi être écoutée, comprise, admirée pour une idée ou pour une phrase. Pourquoi faudrait-il choisir ? On peut aimer les livres, les conversations difficiles et le frisson très ordinaire d'un compliment. J'avais mis du temps à ne plus voir là une contradiction.


Je pourrais appeler cela le goût des belles matières, l’attention portée à une silhouette. Ce serait vrai, mais incomplet. J’avais aussi envie de me sentir désirable. Mon sérieux ne disparaissait pas pour autant ; il n’avait simplement pas à me servir d’excuse. Je n’avais aucun personnage à composer pour la soirée. Je voulais seulement laisser une place à ce qui me ferait envie.


Je commençai par enfiler le tanga, puis ajustai le soutien-gorge bleu pastel. Je pris le temps d'en lisser la dentelle et de vérifier dans le miroir l'accord des deux pièces. Le porte-jarretelles suivit ; j'en réglai les attaches avec la précision tranquille d'un rituel familier, avant de dérouler mes bas et d'en fixer les attaches. Je tendis une jambe pour vérifier que le tissu n’avait pas vrillé ; le bas en suivait la ligne longue et fuselée. Les matières étaient douces, les gestes minutieux. J'éprouvai ce plaisir particulier que donne une tenue lorsqu'elle est choisie jusque dans ses détails les plus secrets.


Puis je passai le chemisier blanc. Son tissu frais et légèrement transparent glissa sur mes bras ; je pris plaisir à voir apparaître, en filigrane, les contours de la dentelle bleu pastel. Les boutons retrouvèrent leur place, un à un. Ce n’était pas un vêtement qui dévoilait tout : il laissait la lumière décider de ce qu’elle suggérait.


Je pris ensuite la jupe, l'ajustai à la taille et arrangeai son drapé. Le tissu retrouvait le creux de ma taille avant de suivre l’arrondi de mes hanches. À chacun de mes pas, la fente s'ouvrait juste assez pour rappeler son audace, avant de reprendre sagement sa place.


Enfin, je chaussai les escarpins sans éprouver le vertige de la hauteur des talons, un plaisir cultivé depuis mon adolescence. Je me redressai devant la glace, fis quelques pas, puis pivotai lentement. Je me trouvai, un instant, une allure de danseuse : cette ligne élancée me plaisait autant que la douceur de mes courbes. Le mouvement du tissu, la ligne de la silhouette et l'harmonie des couleurs me procurèrent une satisfaction simple et profonde. J'avais voulu être élégante ; j'étais aussi heureuse de me sentir pleinement moi-même.


— Tu es prête ? lança Hervé depuis le couloir.


— Presque.


Je savais que ce « presque » pouvait durer longtemps. Mais, pour une fois, je ne cherchais pas à prolonger les préparatifs. Je pris enfin mon manteau court en fourrure de renard argenté. J’en lissai le poil du plat de la main ; il reprit son gonflant, mêlant les pointes argentées aux nuances plus sombres. Son volume soyeux encadra mes épaules sans masquer tout à fait la jupe gris perle ; ses reflets froids répondaient au bleu pastel des escarpins. Je l’ajustai devant la glace, heureuse de cette dernière note de théâtre et d’élégance.


Puis je pris mon petit sac, vérifiai les billets et jetai un dernier regard à la chambre. Elle retrouverait bientôt son désordre familier. Les vêtements de ville remplaceraient ceux de soirée. Les listes continueraient à s'allonger.


Je ne regrettais rien de cette vie.


Je me demandais seulement combien de choses elle pouvait encore contenir.

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