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4.4 – Avec Don Quichotte et contre Cervantès 

4.4 – Avec Don Quichotte et contre Cervantès 

Publié le 29 juin 2022 Mis à jour le 29 juin 2022
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4.4 – Avec Don Quichotte et contre Cervantès 

Pour nous, qui cherchons ici avec ces textes à nous approcher du champ de singularité gravitationnelle des fictions, c'est-à-dire de l’espace-temps singulier et multiple à la fois où elles s’actualisent, des comportements comme ceux de Don Quichotte ou du soldat de Baltimore ne sont pas des preuves d'immaturité.

Au contraire, il faut une grande sensibilité pour ressentir en soi les émotions d'êtres imaginaires.
C’est là une forme aiguë d’empathie. Il faut une grande lucidité pour entrevoir comment les bonheurs ou les malheurs qui leur adviennent dans des romans peuvent influer sur le cours de nos propres existences.
Il faut un champ de conscience plus ouvert que la moyenne de ses contemporains pour concevoir qu'il ne peut pas ne pas y avoir de liens entre notre monde et le leur, du moment que c'est précisément nous, dans notre monde, qui leur donnons vie, qui les faisons apparaître.
Et enfin, il faut un courage certain pour accepter, au risque d’être jugé fou, pour accepter de ne plus être soi-même la marionnette d’une multitude d’esprits comprimés par un trop-plein de rationalité, pour refuser ce que le sens commun leur impose.

Je postule que Don Quichotte et que le soldat de Baltimore étaient probablement davantage dans le vrai que nous, en tout cas, qu'ils étaient de meilleurs lecteurs.

C’est donc ainsi, je crois, qu’il nous faut lire les aventures de Don Quichotte : au premier degré ; en les prenant au sérieux, vraiment, et en se rangeant définitivement de son côté contre son propre créateur, Cervantès, qui finalement se joue de lui en nous incitant à ne pas suivre le bel exemple d’un Quichano auquel, en tant que son auteur, il aurait pu donner une autre destinée. Car Alonso Quichano est un lecteur exemplaire.

Nous devons ici être avec Don Quichotte contre Cervantès et contre le monde entier.

Ce qui nous masque la vérité de notre condition humaine et des possibilités d'émancipation dont nous portons pourtant les germes en nous, ce sont paradoxalement et précisément toutes les histoires que l'on nous raconte depuis notre prime enfance. Et celles aussi que nous nous racontons sans cesse à nous-mêmes. Justement parce que ces histoires opposent en général stérilement le réel à l'imaginaire, les faits aux rêves, le possible à l'impossible.

Les histoires en fait nous limitent en nous imposant, dès notre plus jeune âge, des cadres de comportements stéréotypés et de raisonnements acceptés et acceptables.
Elles bornent notre horizon.
Elles diabolisent, elles scindent en deux nos existences qu'elles désenchantent.
Elles éteignent notre conscience d'être vivant et libre d'esprit, d'exister – c'est-à-dire d'avoir l’Être en nous –, en nous emprisonnant dans une réalité unique, une réalité à sens unique, linéaire, de notre naissance à notre mort.

Les histoires traditionnelles que nous véhiculons sont devenues les objets de lectures formatées destinées à nous formater nous aussi.
Le Don Quichotte en est, à son niveau de lecture ordinaire, un triste exemple.

Elles font cela, nous formater, au lieu d'agir sur nous comme des tremplins, des propulseurs nous permettant de dépasser mentalement nos limites physiques, de déployer les ailes de notre esprit pour oser y faire souffler le vent, celui qui mélangerait les cartes et redistribuerait le jeu.
Alors, nous pourrions commencer une nouvelle partie. Voire changer les règles. Transgresser, et agir librement, et dans le même temps sur plusieurs plans parallèles.
Et enfin, tout simplement, nous pourrions vivre pleinement comme des personnages romanesques toutes les aventures qui intérieurement nous agitent tant lorsque nous nous abandonnons à la lecture de fictions littéraires.

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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