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Sumo, un sport ancré dans les traditions

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Sumo, un sport ancré dans les traditions

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Si le baseball est le sport le plus populaire au Japon, le sumo est en revanche le plus typique. Profondément lié à la religion shintoïste, cet art martial existe depuis le VIIe siècle. À cette époque, c'est une technique de combat destinée à la guerre et non pas au public. Par la suite, ces affrontements impressionnants ont gagné en popularité jusqu'à être une discipline mondiale.

Les origines de cet art martial

La légende raconte qu'en l'an -23, l'empereur Suini avait à ses côtés le plus puissant des guerriers : Taima no Kuehaya. Personne n'était capable de le battre. Mais un jour, Nomi no Sukune est arrivé à la cour et grâce à des techniques de sumo, il a vaincu son adversaire. Depuis lors, Nomi no Sukune est en quelques sortes le "saint patron" de cet art martial.

Pendant des siècles, les combats de sumo faisaient partie d'un ensemble de rites destinés aux divinités shinto. Les kami étaient ainsi divertis et offraient la prospérité aux fidèles des temples. D'une technique guerrière, les combats sont progressivement devenus un divertissement, tout spécialement sous le règne des Tokugawa au XVIIe siècle qui a été une ère de paix pour le Japon. C'est à cette période que des règles fixes sont établies et que des tournois commencent à s'organiser. Il n'y a cependant pas de réels enjeux : pas de classement, pas de points, c'est le spectacle qui prime.

Le public est toujours très enthousiaste et les premiers journaux commencent à publier les noms des lutteurs s'étant illustrés dans les tournois. Le premier stade exclusivement réservé au sumo ouvre ses portes en 1909. C'est l'occasion de codifier l'ensemble de l'exhibition : vêtements des arbitres, durées entre les combats, etc. La radio et la télévision se mettent également à retransmettre les matches et le temps des rituels entre deux combats est limité à 4 minutes pour mieux convenir aux spectateurs. La vague de nationalisme de l'ère Showa rend ce sport typiquement japonais encore plus populaire.

Les tournois de Sumo actuels

On compte aujourd'hui 6 divisions professionnelles de sumo, mais aucune catégorie de poids. Une fois professionnels, les lutteurs sont appelés des rikishi (et non pas des sumotoris). La plus haute division, appelée Makuuchi est composée de 5 rangs. Les trois premiers sont basés sur les victoires des lutteurs, mais les deux derniers sont octroyés spécialement par un jury pour les participants qui sortent réellement du lot. Le plus haut rang, le Yokozuna est un véritable honneur et les rikishi qui l'atteignent sont considérés comme des demi-dieux. Ils ne peuvent pas perdre leur titre, mais on attend d'eux qu'ils prennent leur retraite si leurs résultats commencent à baisser.

Il y a aujourd'hui 6 tournois principaux par an. Chacun dure 15 jours et les rikishi font un combat par jour. L'objectif est donc de remporter au moins 8 combats pour être kachi-koshi (avoir plus de victoires que de défaites) et gagner ainsi des places au classement officiel. Environ 2 semaines avant chaque tournoi majeur, le banzuke, la liste des lutteurs et de leur rang, est publié.

Les rituels avant un combat

Ces affrontements étant à l'origine liés au shintoïsme, un certain nombre de rituels doivent être accomplis avant de commencer un combat. Le premier point avant même l'entrée en scène est celui de l'apparence. Les rikishi portent uniquement le mawashi, une ceinture traditionnelle dont le tissu peut mesurer jusqu'à 8 mètres de long. Les lutteurs doivent également avoir les cheveux longs pendant toute leur carrière afin de pouvoir réaliser la coiffure en chignon. À leur départ à la retraite, leurs cheveux sont coupés lors d'un rituel.

Shiko

Avant un combat, le présentateur appelle les deux rishiki qui montent sur l'arène, se saluent et procèdent ensuite au shiko. Il s'agit de lever une jambe le plus haut possible avant de la laisser retomber sur le sol afin de chasser les mauvais esprits.

 

Chikara-mizu

Ensuite, les rikishi vont chercher la chikara mizu, l'eau de force, qu'un autre lutteur leur donne à boire dans une louche en bois. C'est le même rituel que les visiteurs doivent accomplir lorsqu'ils se rendent dans un temple shinto, l'eau servant à la purification. Ici, le lutteur se rince la bouche puis recrache.

 

 

Shio

Vient ensuite le moment du lancer de sel (shio en japonais). Dans la tradition shinto, il repousse les mauvais esprits. Il est notamment commun de se mettre un peu de sel dessus après un enterrement pour éviter que l'esprit du défunt ne veuille suivre les vivants. Les rikishi font parfois tout un spectacle de ce lancer en l'envoyant très haut et en grande quantité.

 

Niramiai

Les deux lutteurs vont ensuite écarter les bras et présenter leurs paumes ouvertes pour signifier symboliquement qu'ils n'ont pas d'armes et se rendre au centre de l'arène. Commence alors la "guerre psychologique". Ils vont se regarder droit dans les yeux, se donner des claques sur les cuisses et tenter d'impressionner l'adversaire. C'est ce qu'on appelle le niramiai et une partie de la victoire se joue déjà à ce moment. Le rituel se répète plusieurs fois : les rikishi retournent lancer du sel et se toiser jusqu'à ce que l'arbitre décide du début du combat.

 

Le déroulement d'un match

Les règles du sumo sont simples : un rikishi a perdu si une partie de son corps touche le sol à l'extérieur du ring ou si une autre partie que la plante des pieds touche l'intérieur. Pour que le combat commence, les deux lutteurs doivent mettre leurs deux poings au sol sur les lignes tracées dans l'arène. S'en suit presque instantanément le premier assaut, le tachiai. Parfois, il est si violent qu'un adversaire se retrouve immédiatement au sol et le combat est terminé. Mais il arrive aussi que les deux lutteurs parviennent à s'empoigner et le combat peut alors durer plusieurs minutes le temps que l'un des rikishi parvienne à déséquilibrer l'autre. En effet, contrairement à ce qu'on pourrait penser, le sumo est un art martial très subtil et basé sur l'équilibre plus que sur la force ou la masse. Si les deux combattants tombent en même temps, l'arbitre doit déterminer qui a touché le sol en premier. Un arbitre qui prend une mauvaise décision peut être contraint de démissionner, on ne plaisante pas avec le sumo !

La vie quotidienne des rikishi

Les lutteurs professionnels font partie d'une heya, traduit par "écurie" en français. C'est en quelque sorte leur club, mais aussi leur maison. En effet, les membres vivent à temps complet dans le bâtiment de leur heya et les plus jeunes dorment dans des dortoirs communs. Le oyakata qui dirige l'écurie habite généralement au dernier étage et le rez-de-chaussée est une arène privée.

L'entrainement commence à jeun vers 6 h du matin. Pendant deux heures, les rikishi vont faire des exercices intenses pour améliorer leur souplesse et leur force. Ensuite, pendant environ 3 heures, les membres de l'écurie vont se battre entre eux sous les yeux du oyakata. Ces séances peuvent être réellement épuisantes et il n'est pas rare que de jeunes recrues abandonnent devant la difficulté. Un terrible scandale a frappé le monde du sumo en 2007 quand un adolescent est décédé après que ses aînés l'ont corrigé trop durement pour avoir voulu quitter l'écurie. Plusieurs autres cas de maltraitance ont alors fait surface et de nombreuses sanctions ont été ordonnées.

Après l'entrainement du matin, c'est l'heure du premier repas de la journée. Les plus jeunes aident à préparer le repas. L'alimentation est généralement un ragout hypercalorique puisque les lutteurs doivent consommer en moyenne 8000 calories par jour (pour un homme standard, ça ne dépasse pas 3000). Après ça, les rikishi ont l'obligation de faire la sieste pour mieux assimiler la nourriture. Le reste de la journée, ils ont du temps libre mais les jeunes doivent souvent participer aux tâches d'entretien de l'écurie. De manière générale, c'est le oyakata qui dicte le rythme de vie.

Le sumo à l'international

Si ce sport semble typiquement japonais, il existe en réalité des clubs dans le monde entier et même des clubs féminins, alors que traditionnellement, les femmes n'ont pas le droit de monter sur le ring. Mais en dehors du Japon, les clubs de sumo sont considérés comme "amateurs" et seuls les tournois principaux de l'archipel comptent dans le classement officiel.

Pourtant, de nombreux rikishi célèbres sont étrangers. En effet, les conditions d'entrainement ont rebuté les jeunes Japonais et ils sont relativement peu nombreux à vouloir se consacrer à ce sport. Au contraire, de nombreux lutteurs étrangers se sont intéressés à la discipline et ont passé les recrutements. Ainsi les deux Yokozuna actuels sont d'origine mongole et il y a eu une période de 10 ans où aucun japonais n'a remporté de tournoi majeur. Comme tous les rikishi doivent prendre un nom de lutteur, il est facile de penser qu'ils sont tous japonais et pourtant, une grande partie des champions est bien d'origine étrangère.

De manière générale, la nouvelle génération s'intéresse moins au sumo et même si les tournois nationaux continuent d'être de grands événements, la discipline devra sans doute s'adapter pour continuer à plaire et attirer les foules.

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