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Mon péché mignon !

Mon péché mignon !

Publié le 15 janv. 2021 Mis à jour le 15 janv. 2021
time 5 min
CREATIVE ROOM

Anecd'auteur

Je me souviens comme si c'était hier, le compliment surévalué d'un pote nommé Gaël après que ma mère nous avait préparé du pain perdu :

- Madame Zimmermann, vous êtes un véritable cordon bleu ! 

- On voit bien que celui-là ne mangeait pas tous les jours à la maison me dis-je dans ma petite tête.

Ma mère partait du principe simple que ses gosses n’étaient jamais tombés malade de ses préparations. De ce fait, si cela avait été le cas, sa barre d'ajustement et/ou une prise de conscience l’aurait surement alertée. Aussi, pour nourrir ses futurs héritiers, ma mère avait décidé de nous réchauffer, quotidiennement, des aliments qui sortaient de boîtes de métal chromées, communément appelées les boîtes de conserve. 

Nous avons débuté notre parcours métallique par les produits basiques, c'est à dire, les haricots verts, les betteraves, les champignons, les petits pois, les carottes, le maïs, les flageolets et les asperges. Puis, notre chère maman constatant que nous mangions ces aliments sans rechigner, décida de passer à la vitesse supérieure. Aussi, nous avions vu arriver dans nos belles assiettes en plastique (la mienne était de couleur orange) les plats composés. J'entends par ces compositions, les raviolis, les saucisses accompagnées de lentilles, les boulettes de viande avec des pâtes, du thon au riz pilaf etc... 

A cette époque, nous les gamins, nous aurions pu manger du "fer", non, pas la boîte... 

Puisque nous continuions à vider nos assiettes, notre mère se décida de passer à la phase ultime c’est-à-dire, les recettes exotiques sous boite. Elle décida de nous préparer pour déjeuner les plats locaux et ceux aussi, en provenance du soleil.

Nous inaugurions la choucroute Alsacienne, la potée Lorraine, le cassoulet de Carcassonne, les célèbres saucisses de Toulouse et enfin les grands classiques de la gastronomie d’autres pays et continents de ce monde : la paella et bien entendu le couscous. Je me souviens que l'un de mes copains était d'origine espagnole. Nous étions allés chez lui alors que sa mère préparait ce plat typique qu'était la célèbre paella royale. J'ai immédiatement été dérangé par l'odeur dans leur cuisine qui ne ressemblait pas, mais alors pas du tout, à celle qui flottait en suspension chez nous.

Francisco souhaitait me faire découvrir son plat national, fait maison, en me laissant goûter en "loucedé" la recette composée avec une dextérité et sans pareille par sa maman. Je n'ai pas été sous le charme de la cuisine ibérique car cela ne ressemblait pas vraiment, gustativement parlant, à mes standards culinaires sortis directement des boîtes de conserve.

A l'école, les copines et les copains portaient, avec fierté, autour du cou des signes ostentatoires de leur foi.

Certains avaient des crucifix, d'autres des étoiles de David ou des mains de Fatima, nous les Zimmermann, nous aurions pu arborer autour de notre cou une ficelle avec au bout un bel ouvre boite. 

Mon apprentissage gastronomique s'était effectué par les seules créations des grandes marques de la consommation industrielle Bonduelle, Butoni, Garbit, William Saurin, j'en passe et des meilleures.

C'est pourquoi, lorsque Gaël avait magnifié le pain perdu de ma mère, vous comprendrez aisément, que son allégation m’ait mis furax.

C'est pourquoi, la première fois que je me suis rendu dans un restaurant ce fut une découverte totale. Un autre copain nommé Christian, m'avait tiré par la manche pour me motiver à l'accompagner afin de déjeuner ensemble dans un établissement reconnu de la ville. Lors de mes jeunes années, nous ne fréquentions pas les restaurants avec mes parents. Aussi, quand le serveur apporta la carte du menu, je fus enchanté par les noms et la multitude de plats qui étaient présentés et dont je ne connaissais pas la moindre signification. Je n'avais pas osé le dire à Christian car j'avais la crainte qu'il se moqua de mon ignorance.

Le restaurateur proposait au moins dix entrées différentes et encore plus pour le plat principal. Je pensais que nous devions tous les goûter. Je m'adressai à mon partenaire d'un jour en lui glissant pour me rassurer :

- Et bien lorsque l'on va sortir d'ici, on ne sera pas prêt d'avoir faim à nouveau.

- Tu vas voir Alain, les quantités sont pantagruéliques !

Je me sentais encore plus assommé par ses propos, mon pote par le biais de sa réplique m'avait cloué sur ma chaise. Je lui indiquai :

- Mais si nous ne mangeons pas toute notre assiette, est-ce grave, Christian ?

- Non, Alain mais tu risques de vexer le cuisinier qui a donné de son temps et de sa passion pour nous concocter ces bons petits plats. Tu sais, ici, tu as l'impression de manger comme à la maison. C'est bon, copieux et diversifié.

Je n'osais pas répliquer puisque, chez moi, ce n'était pas vraiment comme l'avait indiqué mon copain. Pour ne pas être trop ridicule, j'avais laissé parler mon ami lorsque le serveur était venu prendre la commande. Je ne comprenais pas pour quelles raisons, il nous demandait ce que l'on avait choisi puisque tout était déjà noté sur sa carte. Je découvris, par moi-même, qu'il fallait choisir seulement une seule entrée, un unique plat et un excellent dessert. J'étais enfin soulagé mais déçu de ne pouvoir goûter à tous ces délices. 

J'étais un précurseur dans ma démarche car aujourd'hui combien de restaurants ont adopté cette formule de vous servir, en mode buffet, l'ensemble de leurs mets. Pour ne pas être dépassé par mon envie de tout goûter, je disais à mon pote :

- Christian, je te fais entièrement confiance et je prends les mêmes plats que toi.

- Tu verras Alain, on ne sera pas déçus.

Si on ne pouvait plus faire confiance à un ami alors cela servait à quoi d'en avoir un ?

Je m'étais régalé car mon pote avait choisi des cuisses de grenouilles à déguster avec les doigts. Je ne savais pas trop bien me servir des couverts que j'avais dû utiliser pour la pièce de gibier, plat de résistance commandé par Christian. En dessert, il avait choisi une omelette norvégienne. J'avais été surpris, sur l'instant, que ce repas ne se termina point par un met sucré. Je fus ébahi de constater qu'il s'agissait d'une délicieuse glace enrobée de meringue molle, flambée au Cointreau. Une véritable merveille pour une personne qui découvrait les plaisirs de la gastronomie "Française".

J'étais resté quelques instants de plus que Christian, assis sur ma chaise pour savourer cet instant magique que je venais de vivre. Aujourd'hui encore, lorsque je quitte la table d'un bon restaurant juste avant de régler la note (cf Vous êtes Monsieur ?) je pense à ma première expérience culinaire.

 Vous ne pouvez pas vous imaginer le plaisir nostalgique qui m'envahit à chaque fois.

Sans compter sur la célèbre omelette norvégienne qui était et restera, à tout jamais, mon dessert préféré.

Et vous quel est votre péché mignon ?

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