facebook Péripéties montagnardes - Partie 2
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Péripéties montagnardes - Partie 2

Péripéties montagnardes - Partie 2

Publié le 7 déc. 2021 Mis à jour le 7 déc. 2021
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Péripéties montagnardes - Partie 2

Tous les trois s’avancèrent alors en silence et s’assirent face à lui.

— Vous demandez audience, c’est bien cela ? interrogea le Grand Mage. Expliquez-moi les raisons qui vous ont poussés à venir me voir, en mes terres. - il regarda autour de lui - Veuillez excuser les conditions spartiates de votre réception. Je n’ai pas souvent de visite.

Au terme d’âpres négociations silencieuses mêlées de regards assassins et de menaces tacites, il fut décidé que ce serait Karl qui parlerait. Après tout, s’ils étaient là, c’était en grande partie pour lui. Et puis, à vrai dire, c’était le seul qui parlait sans s’énerver ou faire de gaffes. Les jeunes gens avaient, en effet, bien compris qu’il valait mieux éviter de mettre le sorcier dans de mauvaises dispositions.

Karl, non sans envoyer une dernière supplique sous la forme d’une grimace qui se voulait attendrissante, se leva.

— Votre Majesté, commença-t-il, sur un ton hésitant.

— Je t’arrête tout de suite, jeune homme. Je ne suis pas l’Empereur Céleste. Tu peux m’appeler Grand Mage, si tu le souhaites.

Karl se reprit.

— Grand Mage, nous sommes venus vous voir, car vous disposez de grands pouvoirs, nous a-t-on dit, et nous aimerions solliciter votre aide.

— « On » vous a dit que j’ai de grands pouvoirs, dit le vieil homme. Qui est-ce « on » dont tu parles ?

— He bien… Sacha, la guérisseuse du village d’Akara, nous a dit que…

— Je ne connais pas cette dame. Ni son village d’ailleurs. Mais elle a raison sur ce point, en tout cas.

Il regarda les trois adolescents d’un air satisfait.

— Je suis très puissant, continua-t-il dans un sourire.

Karl se garda de montrer sa surprise devant le manque de modestie du vieux mage. Avec un visage parfaitement neutre, il décida d’en venir au fait. Il jeta un coup d’œil du côté de ses camarades pour essayer de les convaincre de l’aider, au besoin.

— Nous sommes venus vous voir pour deux raisons, commença-t-il. Tout d’abord - il hésita – je ne sais pas trop comment l’expliquer…

— Essaye tout de même mon garçon, sourit le mage. Si je ne peux pas comprendre ton histoire, je ne vois pas qui le pourrait !

— Euh, oui ! Alors, ça peut paraitre fou mais … je ne suis pas de ce monde ! Je suis arrivé ici il y a quelques jours comme ça, comme par magie ! Et je ne sais pas quoi faire pour rentrer chez moi. Je pensais que peut être que… vos grands pouvoirs pourraient m’aider ?

Le Grand Mage l’interrompit alors.

— Comment ça, tu n’es pas de ce monde ?

— Je ne sais pas mieux le dire, je suis désolé. En fait, alors que je me promenais comme je le fais très souvent dans la forêt près de chez moi, j’ai ressenti un vent froid et quand j’ai levé la tête… il y avait ce dragon qui attaquait la Cité Céleste ! Et, voyez-vous, il n’y a pas de dragons ni de cités célestes de là d’où je viens, et… ben depuis, je suis bloqué ici.

Le Mage l’étudia un moment, gardant le silence.

— Ton histoire est intéressante, petit. Très intéressante, continua-t-il en caressant sa longue barbe. Je crois savoir ce qu’il t’est arrivé… hmmm… mais à vrai dire, je ne suis pas sûr de pouvoir t’aider, car il s’agit là d’un phénomène très particulier. Mais tu as tapé à la bonne porte, car si Moi, Le Grand Mage, le plus puissant sorcier du monde, je ne peux pas y arriver, personne ne le pourra ! – il fit une pause, comme s’il cherchait à ménager un quelconque suspens - Soit ! Je veux bien essayer ! conclut-il de l’air de celui qui accepte un défi à sa hauteur. Le truc c’est qu’en ce moment, je suis un peu occupé par certaines histoires qui prennent beaucoup de mon temps, dit-il plus pour lui-même. - il fit mine de réfléchir encore avant de trancher - je trouverai bien un peu de temps, va ! Cependant, il me semble que tu as parlé de deux raisons.

Karl était déjà très content que le Grand Mage ne rejette pas d’emblée sa requête. Il n’avait pas d’autre espoir que celui né de la promesse que le vieil homme venait de lui faire.

Kirly se leva alors.

— Si vous voulez bien, Grand Mage. Je vais vous l’expliquer.

Le sorcier hocha la tête. Karl lui lança un regard plein de remerciements et se rassit, passant le relais à son amie.

— Grand Mage, commença la jeune femme, nous sommes aussi venus vous parler d’une affaire concernant le village d’Akara, situé plus au sud, ainsi que du Sénéchal de la Cité Céleste qui a été détruite.

Le vieil homme fit la moue.

— Continue, dit-il.

— Ce Sénéchal se nomme Armanio, et il s’en prend aux villageois et aux habitants de la région. Il capture des personnes innocentes pour les revendre à la mine en tant qu’esclaves.

Les yeux du sorcier se mirent à lancer des éclairs.

— Je connaissais Armanio… mais il est mort dans la chute de la Cité, affirma-t-il d’un ton péremptoire.

Kirly secoua la tête.

— Hélas non, Grand Mage ! Nous l’avons vu à la mine de pierres volantes il y a quelques jours de çà. Il était en vie et faisait des affaires. Il était également accompagné d’une centaine de ses hommes !

Le sorcier parut tout à coup en colère.

— Pas mort ! s’emporta-t-il. Comment ça pas mort ! Cette sale vermine ! - il se calma un peu - Oui, j’aurais dû me douter. Les cancrelats de son genre sont toujours les plus difficiles à éliminer. - il soupira - D’abord Baltazar et ensuite Armanio.

Minaud tressauta et leva la tête, soudainement très intéressé. Il hésita à parler, mais garda finalement le silence. Le sorcier parut s’en apercevoir et lui jeta un coup d’œil à la dérobée.

— Je vais faire ce qu’il faut, ajouta simplement le vieil homme.

Il leva une main. Les bagues ornées de pierres magiques qu’il portait aux doigts se mirent alors à s’illuminer.

Un soldat noir, sorti de nulle part, s’approcha du Grand Mage et se mit à genoux.

— Ombre, ordonna le Grand Mage. Constitue ton armée et retrouve le Sénéchal Armanio et ses soldats. Fais-les disparaître une bonne fois pour toutes !

L’armure se releva, inclina la tête et se dirigea vers la sortie.  D’autres gardes noirs surgirent du néant et vinrent grossir ses rangs. Ils devaient être une dizaine, puis une vingtaine avant de disparaitre dans l’obscurité.

Le Grand Mage les regarda partir et murmura :

— Ce Sénéchal maudit ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir !

Kirly, qui n’avait pas manqué une miette de ce qu’elle venait de se voir, remercia le sorcier tout en s’inclinant profondément, et se rassit, presque soulagée… mais pas totalement. Elle ne serait vraiment satisfaite qu’une fois qu’elle aurait la certitude qu’Armanio ne hanterait plus la forêt d’Akara.

Minaud, visiblement impressionné par les soldats de l’ombre, se demandait d’où ceux-ci pouvaient bien venir, et s’ils étaient vraiment réels.

Le Grand Mage posa à nouveau son regard sur l’apprenti.

— Et toi, demanda-t-il. Tu n’as pas parlé jusqu’à présent.

Minaud se leva et laissa tomber son bâton sur lequel il s’appuyait, manquant de perdre l’équilibre. Il se redressa tant bien que mal alors que son canari poussait à présent des sifflements furieux.

— Moi, Grand Mage, je m’appelle Minaud, bafouilla-t-il. Je suis apprenti sorcier et… 

— Qui est ton maître ? l’interrompit aussitôt le sorcier.

— Il s’appelait Baltazar. Je crois qu’il est mort quand la Cité Céleste est tombée.

Le vieil homme se renfrogna.

— C’est ce que je pensais… ton maître n’est pas mort petit mais, entre nous, il aurait mieux valu.

Le visage du jeune garçon s’illumina.

— Il est vivant ! dit-il ne cachant pas sa joie, il est viv…

Il ravala son enthousiasme sous le regard furieux du Mage et se rassit, tâchant de se faire le plus petit possible.

— Vous n’aimez pas Baltazar ? baragouina le jeune apprenti d’une petite voix brisée.

— On peut dire ça oui, répondit le sorcier. Mais rassure-toi, je ne te tiendrai pas rigueur d’avoir un maître aussi exécrable. - il se mit alors à lorgner l’oiseau de Minaud - Et ton oiseau, dit-il, c’est une espèce rare et intéressante de canari. Ce satané Baltazar ne s’est pas fichu de toi. Comment tu t’appelles volatile ?

Le canari prit un air renfrogné.

— Je ne suis pas un volatile, siffla-t-il avec mépris sous les regards médusés de Karl et Kirly, je suis un canari savant. Je m’appelle Cony.

Les deux amis, estomaqués, lancèrent un regard noir à Minaud.

— Il parle ! s’exclamèrent-ils en chœur. T’aurais pu nous le dire !

Minaud rougit.

— Mon maître m’avait dit de n’en parler à personne.

Kirly croisa les bras l’air profondément vexée.

— On leur sauve la vie et voilà comment ils vous remercient, l’entendait-on maugréer dans son coin.

Soudain, un bruit provenant de l’entrée se fit entendre et attira leur attention. Des silhouettes vêtues de noire de la tête aux pieds venaient de pénétrer dans la grande salle. Ils devaient être une quinzaine en tout et avançaient droit vers eux d’abord au pas, puis en accélérant sensiblement la cadence à mesure qu’ils approchaient.

Le sorcier, courroucé, fit tonner sa voix :

— Je ne vous ai pas invité en ma demeure, partez vermines !

La menace avait claqué dans l’air tel le tonnerre mais malgré la mise en garde les assaillants, sans ralentir leur course, continuaient à se rapprocher. L’affrontement était désormais inévitable.

Face à l’évidence, le Grand Mage s’écria alors :

— Ils vont nous attaquer, les enfants ! Cachez-vous !

Renversant leurs chaises dans la précipitation Karl, Minaud et Kirly coururent se mettre à couvert. Ils tentèrent de se dissimuler derrière des stalagmites qui leur offraient, à vrai dire, une protection bien dérisoire.

Les attaquants faisaient désormais face au Grand Mage. Celui-ci se leva lentement de son trône et sa silhouette ainsi déployée semblait démesurée. Sa prestance et son envergure laissaient transparaître l’étendue de son pouvoir. Les assaillants, décontenancés, eurent un léger mouvement de recul.

Fort de son effet, le Grand Mage fit résonner à nouveau sa voix avec une telle puissance qu’elle revint en écho de toute part :

— Je vais vous le dire une dernière fois ! Vous n’avez rien à faire ici ! Partez !

L’hésitation première laissa place à l’action. D’un même mouvement, les intrus sortirent des dagues empoisonnées de sous leurs capes et resserrèrent les rangs autour du Sorcier.

— Vous l’aurez voulu ! s’exclama le Grand Mage, dont le ton révélait une colère sourde.

D’un geste complexe de la main, il fit se matérialiser une centaine de ses gardes noirs encerclant ainsi les assaillants.

— Vous ne pouvez rien contre moi ! scanda le vieux sorcier.

Les assassins ainsi piégés lancèrent l’assaut.  Bien que vaillants et adroits, les ombres du Grand Mage par leur nombre prirent rapidement l’avantage.

Toutefois, l’un des assaillants était resté en retrait et s’était rapproché du sorcier sans être vu, en profitant de la pénombre et en longeant les parois rocheuses. Il était à présent dissimulé dans une alcôve à quelques pas sur la gauche du mage qui, amusé par la déculottée que prenaient ses attaquants et se gargarisant de son immense pouvoir, avait baissé sa garde.

Il regardait non sans satisfaction ses ombres qui finissaient d’achever les assassins. Ceux-ci cependant faisaient payer chèrement leurs vies aux créatures du sorcier. Les ombres en effet n’étaient pas qu’illusions et les blessures qu’elles infligeaient étaient bien réelles mais aussitôt touchées, elles disparaissaient dans un nuage de poussière qui se dispersait dans les courants d’air de la caverne.

L’assassin en profita pour sortir discrètement une arbalète miniaturisée qu’il arma. Il ajustait le vieux sorcier lorsque le fer du carreau refléta un court instant la lumière du lustre, ce qui attira le regard de Karl.

— Grand mage ! Attention ! Il y en a un autre là-bas !

Trop tard ! Un claquement sinistre emplit la salle et le trait transperça l’épaule du Grand Mage qui n’eut pas le temps de l’esquiver.

Le tireur tenta aussitôt de prendre la fuite mais tomba nez à nez avec Kirly qui s’était précipitée sur lui dès l’alerte de Karl.

— Alors mon grand ! Tu t’en va déjà ? Tu veux déjà prendre la tangente sans avoir fait les présentations ? l’interpella-t-elle, une épée dans une main et une dague dans l’autre.

L’assassin enleva son casque et fit apparaître un horrible rictus en posant ses yeux sur Kirly.

— Gamine, laisse-moi passer ! Je suis là pour le Grand Mage, pas pour toi.

— Tu ne m’as pas bien compris, tu ne sortiras pas vivant de cet endroit !

Les ombres, qui avaient achevé jusqu’aux derniers des soldats du commando, ne bougeaient plus… Le souffle de vie qui les animait semblait avoir disparu avec la blessure du Grand Mage. Ces improbables et effrayantes statues ne seraient plus d’aucune aide à présent. Seul le sang laissé sur leurs lames continuait de goutter lentement en créant de petites flaques noires sur le sol.

Entre temps, Karl avait entrepris d’aider le vieil homme à se rassoir. Une fois celui-ci réinstallé sur son trône, le jeune homme lui avait retiré le dard qui était profondément planté dans sa chair. Il avait ensuite tenté de réaliser un pansement de fortune avec un bout d’étoffe arraché à sa tunique. La plaie saignait abondamment et n’était pas belle à voir.

Minaud, quant à lui, était venu se placer juste à côté de Kirly pour lui prêter renfort, mais celle-ci n’en avait pas l’air ravie.

— Minaud, écoute-moi, écarte-toi ! Je peux régler ça moi-même, lui cria Kirly sans quitter le soldat des yeux.

— Mais Kirly … commença Minaud.

— Ne reste pas là, je te dis ! Je ne pourrai pas te protéger !

Minaud s’écarta alors un peu, à contrecœur, tout en jetant un regard noir vers l’assassin. Il se mit alors en quête d’une grosse pierre, au cas où.

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