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Les bonbons à la violette.

Les bonbons à la violette.

CREATIVE ROOM

Anecd'auteur

Les bonbons à la violette.

Au collège, l'apprentissage de la langue anglaise ne fut pas une partie de plaisir. 

"Nobody is perfect"

En clair, cette matière n'était pas celle qui faisait partie de mes préférées. En y réfléchissant bien, je n'avais pas de matière favorite mais cela n'est pas une surprise pour vous, mes chers lecteurs. Mais quand même, notre professeur d'anglais se nommait Madame Léonard. Elle était très charmante et nous autres étions fans de ses tenues affriolantes et ses longs cheveux blonds dans le vent. Mais mes collègues de classe et moi-même n'arrivions pas à capter son attention.

Nos prestations en langue de Shakespeare étaient résumées au fameux :

"Brian is in the kitchen ! "

Avec ce type de vocabulaire, nous n'allions pas impressionner notre auditoire. Aussi, nous écoutions notre professeur nous évoquer les bases grammaticales anglaises très compliquées pour nous les petits français. Notre faible niveau nous permettait juste de "raccrocher les wagons", c'est pourquoi aucune de nos interventions mettait notre belle professeure en émois.

Ah c'est vrai, je l'avais déjà dit, nous étions tellement motivés à trouver cette accroche qui pouvait nous faire changer de statut.

Les discussions à la récréation étaient nombreuses autour de son nom mais la décence m'oblige à rester discret sur ce sujet. Aussi, nous cherchions en vain d'attirer son attention et d'obtenir ses faveurs, bref une obsession. Puis un après-midi, le destin frappa à ma porte. Je devrais plutôt écrire que mon amour des sucreries attira son doux flaire. Madame "Léo" était entrain de naviguer dans les rangs lorsque son chemin s'interrompit tout près de moi. Elle demanda à la volée lequel d'entre nous, portait, un parfum floral. Les quatre élèves dans cette partie de la classe étaient aux aguets et surtout les garçons. Â haute voix, elle prononça cette phrase magique :

- What's this flavour ?

Bon je ne vais pas vous le cacher, je n'ai pas compris la question. Et pourtant, elle continuait à chercher comme une lionne qui avait perçu une odeur de gibier. Elle insista en disant en français :

- J'adore cette odeur acidulée qui me fait penser à ma première année de professeur stagiaire dans le Sud-Ouest.

J'avais une faible connaissance des spécialités des autres régions. Mais je me suis souvenu que l'on disait que la violette était la fleur locale de Toulouse (et ce, depuis 1854). Je tentais ma chance sait-on jamais :

- Vous voulez dire la violette, Madame ?

- Oh oui, Alain c'est parfaitement cette odeur que je cherchais.

Tous les regards se tournèrent vers moi comme si j'avais annoncé une nouvelle qui allait changer le cours de ma vie. Je lui avouai que mes bonbons préférés étaient à ce doux parfum romantique. Je sortis de mon sac un sachet en plastique qui contenait cette friandise. Je lui en proposai, même, d'en goûter une et elle ne se fit pas prier pour mettre ses doigts longs et vernis dans mon sachet. Elle précipita cette offrande à sa bouche.

Nous vîmes instantanément qu'elle appréciait ce moment et elle me demanda si je pouvais lui offrir un deuxième bonbon. Devant cette reconnaissance du moment, je me suis même engagé, devant tous mes camarades, à lui apporter un paquet la semaine suivante, juste pour elle. Cette dernière accepta avec un large sourire et je vis immédiatement que ceux de mes copains de classe disparurent. Je perçus une jalousie de leur part mais il faut savoir dans la vie profiter du vent lorsqu'il souffle dans votre dos.

En récréation, je fus populaire pour la première fois de ma vie et j'en étais fier. Je profitais allègrement de cette situation favorable et, je ne le cache pas, que je trouvais cet instant particulièrement agréable à vivre. J’ai constaté aussi que le regard d'une partie du collège de filles se focalisa sur ma personne grâce à cette proximité avec Madame Léo...

Pour moi, ce moment de gloire ne durera pas si longtemps. La raison était simple, je ne me souvenais plus dans quel magasin j'avais trouvé ce sésame acidulé. Ce cadeau devint une hantise car je devais en trouver la provenance et ne pas vivre autre chose qu'un échec cuisant devant la classe entière. Durant toute la journée, je mis mon cerveau à contribution tout en dissimulant mon angoisse à mes camarades.

Je ne vais pas, plus longtemps, faire durer le suspense mais en arrivant chez moi, je questionnai ma mère avec empressement car je butais dans mes recherches.

Vous savez bien, que des fois, évoquer une chose qui vous tracasse vous ouvre l'esprit. 

Je n'avais pas terminé ma phrase que je vis apparaître devant mes yeux le stand du vendeur avec ses sacs de bonbons à la violette sauvage. J'étais libéré et même délivré de cette charge qui m'avait accompagnée tout au long de ma journée. Pour votre information, ce commerçant était ambulant et nous le croisions avec ma mère lorsque nous allions au marché local.

Durant plusieurs jours, mon sachet de sucreries était le sujet de discussion principal de la classe. Certains camarades étaient venus à ma rencontre pour me demander de le goûter et j'en offrais comme le faisait un curé durant la messe avec ses hosties distribuées à ses paroissiens. La semaine suivante, je suis arrivé dans la classe de Madame Léo et je déposai, délicatement sur son bureau près de sa trousse, le délicieux sachet de bonbons à la violette.

Comme le slogan de la publicité du parfum "Impulse", je laissais le charme agir.

La professeure remarqua immédiatement le présent sur son bureau et me remercia, avec à la clef, un bisou sur la tête que je recevais avec tous les honneurs. Ma côte, à partir de ce moment là, progressa en flèche et c'était aussi vrai qu'ils étaient spéciaux ces bonbons. La professeure d'anglais m'affubla de petits noms affectifs dès qu'elle s'adressait à ma personne. Mes camarades masculins étaient pétris de rage que ces doux mots ne leur étaient pas destinés.

En conclusion, sachez que je n'ai pas été favorisé au niveau de mes résultats en anglais et je n'ai pas non plus trouvé la clef pour parfaire mon vocabulaire. En revanche, j'ai compris que les cadeaux pourraient parfois dans la vie me permettre d'être mis en valeur. Vous pourrez vous apercevoir dans mes prochaines anecdotes que cette constatation n'est pas toujours fausse.

Et vous, chers lecteurs, quel subterfuge avez-vous déjà utilisé ?

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