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L'entretien décalé

L'entretien décalé

Publié le 13 janv. 2021 Mis à jour le 13 janv. 2021
time 5 min
CREATIVE ROOM

Anecd'auteur

L'entretien décalé

Je me suis souvenu récemment d'un entretien d'embauche du troisième type, si vous avez deux minutes, chers lecteurs...

Nous avions décidé au sein du service d'Exploitation d'étoffer notre équipe en y incluant un jeune alternant. Je pensais que cette "force vive" pourrait améliorer les rapports entre les générations. Je me suis aussi rappelé que j'avais démarré ma carrière professionnelle trente-cinq ans plus tôt par un contrat de travail identique.

Le Directeur de l'école professionnelle, que j'avais précédemment rencontré, m'avait félicité, qu'à mon tour, je puisse "rendre la pareille" à un jeune étudiant dynamique. Pour ce professeur, notre entreprise serait un tremplin pour la jeune personne dynamique qu'il allait me proposer pour intégrer l'entreprise dès le mois de septembre. Pour information, l'alternance propose à chaque étudiant de jongler entre une présence à l'école et un apprentissage du métier dans l'entreprise. Le rythme de cette alternance était d’une semaine à l'école et de deux semaines à l'entreprise.

Aussi, notre candidat devrait être, malgré son jeune âge, déterminé, autonome et motivé. Je considérais que cette personne faisait partie intégrante du personnel et qu'un échange de bons principes s'avérait nécessaire pour les deux parties.

Ce matin-là, je reçus le jeune étudiant au doux prénom de Nicolas. Étant originaire de l'Est de la France, pour moi, ce prénom était un signe de référence car la Saint-Nicolas était une fête qui précédait l'arrivée du père Noël. En classe, le père St Nicolas venait voir les écoliers. Nous recevions un pain d'épice à son effigie et il était accompagné du Père Fouettard qui s'occupait des élèves récalcitrants. Oui, il venait pour moi car je n'étais pas toujours "sage comme une image" (cf. anecdote "on ne fait pas cela à un enfant »).

Ça y est, mon téléphone sonne, on me prévient que mes visiteurs sont arrivés.  

Comment ? Mes visiteurs ?

Mais j'attendais seulement le petit Nicolas pour l'entretien d'embauche. On frappa à la porte de mon bureau et deux personnes apparurent. Il y avait bien là Nicolas accompagné de sa maman. 

Alors celle-là, on ne me l'avait jamais faite !

Sa maman prit immédiatement la parole pour me demander si elle pouvait assister à l'entretien de son fils. Effectivement, la proposition était originale mais le gamin n’avait que dix-sept ans. Puis, la mère de Nicolas aurait dû patienter dans la voiture le temps que l'entretien se déroule, alors pourquoi pas ?

Je pressentais qu'elle était contente de venir me présenter son génie de fils et ainsi me permettre de mieux apprécier ses qualités. Je leur proposais de s'installer dans les deux fauteuils placés en face de mon bureau.

Je me souviens que la maman s'était assise avec classe. En revanche concernant "le zébulon", j'avais eu l'impression qu'il s'était cru chez lui dans son fauteuil devant la "téloche". Nicolas n'était pas assis mais affalé sur le siège avec son buste en arrière comme s’il était en train de se balancer dans un hamac.

Je débutai l'entretien par présenter notre entreprise et je complétai cette prise de parole par ma personne. Je demandai si mes deux interlocuteurs avaient peut-être une question pour compléter mon intervention. La maman de Nicolas répondit que c'était complet et très intéressant. Elle me demanda si l'entreprise offrait la possibilité à une jeune recrue de progresser au sein de la structure. En clair, elle s'inquiétait pour savoir si sa progéniture pourrait accéder aux échelons successifs et atteindre certainement le poste dont j'en étais, ce jour-là, le titulaire. Depuis le début de cet entretien particulier, on n’avait pas eu la chance d'entendre la douce voix de la vedette. Je pensais qu'il était peut-être intimidé par cette situation en présence de sa mère. Je demandai à Nicolas s’il pouvait me présenter son CV. Encore une fois, c'est encore sa mère qui sortit, de son sac, le sésame tant attendu. Je la remerciai de sa gentillesse et je consultai le dit-document.

Comment vous dire ?

Le CV était bien à l'image du phénomène, lisse, passable et sans intérêt. Sans la présence de sa mère, je pense que j'aurais interrompu l'entretien et pris contact avec l'école pour signaler mon mécontentement.

Mais, je me devais de lui laisser une chance à l'oral car certaines personnes étaient plus expressives dans cet exercice et vice versa...

Mais là, j'ai halluciné car le surdoué de fils dit à sa mère d'une manière décontenancée et déconcertante :

- Vas-y mam, explique-lui qui je suis.

J'ai attendu par politesse que sa mère s'exprime à la place de son andouille de fils. 

C'était pathétique !

L'énergumène, lors de sa présentation (faite par sa mère), eh oui, il n'avait pas daigné se redresser du fauteuil. Je dirais même qu'il s'était même encore un peu plus avachi pour nous montrer, par son attitude, que sa présence parmi nous, ce matin, n'était ni de sa volonté ni de son envie.

Puisque nous étions entrés de plein pied dans la quatrième dimension, je proposai à la maman qui faisait de son mieux pour vendre le produit "Nicolas" de refaire l'entretien avec un autre scénario. Le fils prendrait ma place et inversement, je serai le "Einstein" d'un jour. Par ce biais, je souhaitais démontrer à "l'artiste" que son comportement était odieux. Mais, comment le dire avec les formes qui s'imposaient à sa mère :

- Votre fils, n'est pas un génie mais il est c.. et malheureusement bien dans la mouvance actuelle, voire, un peu plus.

La mère accepta ce jeu de rôle et cette mise en situation permit à Nicolas de dire cette phrase culte issue de l'imitation que j'avais faite de sa personne :

- Vous êtes naze comme candidat !

Après cette citation de tout premier plan, je ne suis pas persuadé que Nicolas ait bien compris mon message. Je lui avais demandé de reconstituer son CV et de me le faire suivre par mail. Pour être optimiste et lui laisser une dernière chance, j'avais remis ma carte de visite dans les mains de sa mère.

La preuve qu'il n'a rien compris à cette leçon de savoir être et de savoir vivre, je n'ai plus jamais entendu parler du "petit" Nicolas, et c’est tant mieux !

@ Je tiens à remercier David de m'avoir guidé sur cette belle anecdote.

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