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Apprends à nouer tes lacets !

Apprends à nouer tes lacets !

Publié le 15 janv. 2021 Mis à jour le 15 janv. 2021
time 5 min
CREATIVE ROOM

Anecd'auteur

Apprends à nouer tes lacets !

Cette histoire, comme certaines autres que j'ai précédemment écrites, concerne ma vie personnelle. Ce matin-là, je récupère mon seul jouet d'un gamin qui vit à la campagne. Bien sûr, j'apprécie énormément de partir avec mon panier et mon petit couteau "style serpette" pour aller cueillir des champignons des champs. Le rosé des prés et les pieds bleus étaient mes deux favoris. J'en connaissais chaque recoin de ces dix hectares de champs qui se présentaient à moi comme mon jardin, ma salle de jeux. Ma passion de la marche et des promenades en forêt viennent sûrement de cette période. Lorsque vous êtes petit, et bien dix hectares peuvent en paraître au moins dix fois plus. 

Mais ma deuxième passion qui m'envahit, bien vite, fut le football. J'avais trois sœurs qui ne voulaient en aucun cas "taper dans le ballon" que mon père avait récupéré au club local. Mon père avait été semi-professionnel de haut rang mais à son époque, ce sport ne nourrissait pas la famille, aussi il avait été enrôlé par le grand club de la ville de Metz. Son nouvel employeur lui avait permis d'allier ses deux occupations, soit le football et son métier d'électromécanicien.

Ne me demandez pas ce que ce métier demandait comme compétences particulières car mon père n'évoquait jamais son travail en notre présence.

Ce matin, j'avais décidé que cette journée serait placée sous le signe du ballon rond. Je sortis pour récupérer le cuir (surnom donné au ballon de foot) mais à ma grande déception, il était tout dégonflé. Je me précipitai alors dans l'atelier de mon père pour qu'il puisse me le remettre en état. Malheureusement, mon père constata que le problème était plus grave que prévu et qu'il devait apposer une rustine sur la chambre à air afin d'éviter qu'il ne se dégonfle aussitôt. Je montai sur le petit escabeau afin d'être presque au même niveau que lui et ainsi de regarder l'opération chirurgicale qu'allait subir mon copain du jour. Mais mon père déposa le ballon dans le coin de son établi et il me dit :

- Je réparerai ton ballon quand tu sauras lacer tes chaussures.

La mission était simple et je l'avais accepté comme dans le feuilleton "mission impossible". Maintenant, je ne pouvais plus reculer devant ce défi de taille. La technique était facile car mes parents et mes deux grandes sœurs le réalisaient chaque matin, et ce d'un seul coup. 

Je m'installai donc dans le salon près de la télévision avec la ferme intention de prouver à mon père, que son fils était aussi capable que ses deux filles, d’effectuer ce simple geste. J'étais accroupi, le genou droit au sol et mon pied gauche comme l'étalon de cette mission.

Je me souviens bien de l'heure car les aiguilles de la pendule étaient comme un footballeur célébrant un but marqué, avec ses bras grands ouverts. Il était donc neuf heures et quart et je ne savais pas encore que la journée serait longue en labeur. Cela faisait, au bas mot, la centième fois que je recommençais cette combinaison en vain. Je ne doutais pas de me capacités à réussir car j'étais déjà de caractère pugnace. Ma mère passa la tête vers dix heures puis vers midi pour savoir si je voulais me sustenter. Je refusai catégoriquement d'abandonner mon poste puisque cette tâche apparemment simple à exécuter lorsqu'il s'agissait des autres personnes de la maison. Mais moi, je galérais à trouver la parade qui me permettrait de récupérer mon ballon de football réparé. Vers 14 heures, mes sœurs sont venues me voir, non pas pour distiller quelques encouragements qui, je ne vous le cache pas, aurait été acceptés à leur juste valeur. Elles se sont moquées de mon incapacité à trouver la bonne formule :

- Mais que fais-tu pour ne pas y arriver ? Ce n'est quand même pas si compliqué.

J'étais déçu de mes échecs à répétition mais je ne lâchais pas "l'affaire". Le salut ne pouvait venir que de moi et cela je le savais bien. Je consultais la pendule et les aiguilles représentaient un grand bâton vertical. Il était déjà six heures du soir ! Ma mère m'indiqua que le repas du soir serait prêt dans l’heure et que je devais trouver la solution avant de manger et filer au lit. Mes gestes avaient pris de l'assurance, c'était une évidence mais le mouvement juste était encore loin.

Puis tout à coup, mes doigts se sont croisés comme par magie et je suis arrivé enfin à réaliser le geste parfait. Je le répétais une fois, deux fois, trois fois et ainsi de suite. Ça y est mon objectif, tant attendu, voyait le bout du tunnel. Après neuf heures de sacrifices et d'opiniâtreté, j'avais enfin maîtrisé cette pratique. Jusqu'à ma fin de vie, je n'aurais plus besoin de mes parents pour lacer mes chaussures. Je me levais triomphalement du haut de mes 6 ans pour partager avec les miens cette grande victoire. Je montrai à mes parents avec une certaine fierté le résultat de mes heures de labeur.

L'intervention de mon père fut le premier coup que je reçus derrière la tête. Il dit en utilisant sa grosse voix de papa:

- Enfin, tu y es arrivé, il était temps !

Puis il rajouta cette phrase qui résonne encore en moi près de cinquante années plus tard :

- Bon, je réparerai ton ballon demain si j'ai le temps.

Cette affirmation fut pour moi comme une douche glacée et selon ma mère qui me le révéla vingt ans plus tard :

- Tu as hurlé comme un loup, je n'arrivais pas à te calmer car tu ne supportais pas que ton père ne tienne pas sa promesse de suite.

En résumé, aujourd'hui je pense avoir toujours tenu mes promesses. Et si un blocage apparaissait, je l'évoquais avec la personne en attente de mon engagement. C'est pourquoi, n'hésitez pas à me le rappeler si vous me croisez un jour ou peut-être une nuit...

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