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Une matinée à la brigade...

Une matinée à la brigade...

Published Jan 15, 2021 Updated Jan 15, 2021
time 5 min

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Une matinée à la brigade...

Ce matin-là, je suis à l'intérieur d'une remorque pour effectuer le contrôle d'un véhicule de livraison. Le conducteur Nicolas qui transpire n'est pas serein, je n'en connais pas la raison et pourtant son véhicule est encore vide. Il n'a pas procédé au chargement de son camion et donc aucun contrôle de conformité n’est envisageable. Cette situation m'intrigue et Nicolas m'avouera, le soir même, qu'il avait craint que je sois le premier à découvrir sa cachette. Je lui posais cette question "bateau" afin de faire diversion :

- Comment allez-vous, Nicolas ? Vous êtes encore rentré bien tard, hier soir.

- C'est normal, Patron, les commandes de matelas n'étant pas prêtes, j'ai du patienter chez mon dernier client.

Cette remorque semblait vide de marchandises visibles, mon sentiment me poussait à poursuivre mes recherches mais je ne voyais rien de suspect. En revanche, de nouvelles gouttes de sueur étaient apparues sur le front de Nicolas. L'atmosphère était vraiment lourde, je ne pouvais pas précisément interpréter la montée de température de ce conducteur. Aussi je sortis du véhicule, intrigué de ce comportement afin de rejoindre mon bureau. Je demandais à Régis de bien vouloir me communiquer, ce soir, l'heure de retour de ce conducteur.

En fin de soirée, Régis m'informa que Nicolas n'était toujours pas revenu à l'agence et que ses appels sur le portable de notre collègue étaient restés vains. Nous avions même contacté son dernier client de la journée, une célèbre marque de matelas, dont le chef de magasin connaissait bien Nicolas. Selon lui, notre collègue était bien passé retirer une vingtaine de matelas et une dizaine de cartons d'oreillers. Nicolas avait chargé seul cette marchandise comme à son accoutumé. Je demandais à ce client si la veille leurs problèmes d'exploitation avaient pu occasionner, notamment, un retard de notre conducteur. Sa réponse fut sans équivoque sur un éventuel retard :

- Nicolas, on l'appelle ici le "Coucou" car il arrive toujours à l'heure, il traine un peu mais il repart toujours une demi-heure après. Il est très différent des autres conducteurs toujours pressés de quitter notre entrepôt.

Régis et moi-même, nous décidâmes collégialement de rester attendre le retour de Nicolas. Nous étions pressés de le questionner sur ses retards successifs et surtout son absence de réponse aux appels sur son portable. Je profitais de cette attente pour expliquer à Régis mon pressentiment sur cette situation. Il me répondit qu'il m'avait senti soucieux mais le bourdonnement incessant de son travail ne lui avait pas permis d'y porter plus d’attention que de raison. Il venait juste de terminer sa phrase lorsque le semi-remorque apparut enfin, dans la cour.

Nous laissâmes Nicolas déposer son véhicule et il fut très surpris de notre présence. Pour éviter toute discussion stérile, nous lui indiquions que l'excuse du client en retard n'était plus entendable. Nous constations que Nicolas était tuméfié au niveau du visage. Notre collègue nous raconta son histoire rocambolesque.

Il quittait le célèbre quartier du Val Fourré de Mantes la Jolie lorsqu'il avait été arrêté par un véhicule banalisé comportant un gyrophare bleu de la Police. Les occupants s'étaient, dans un premier temps, présentés à lui en indiquant qu'ils étaient des policiers. Puis rapidement, Nicolas avait été embarqué dans leur voiture pour être amené dans un endroit calme et retiré dans le quartier. Il avait été roué de coups afin qu'une leçon lui soit donnée pour non respect du contrat. A cet instant, Régis et moi, nous étions à l'écoute des propos déconcertants de notre collègue. Régis lui demanda :

- Quel contrat n'as tu pas respecté ?

- Je vais vous raconter toute l'histoire car sinon vous ne pourrez pas comprendre ma galère actuelle.

C'est ainsi que Nicolas nous expliqua qu'il était, depuis plusieurs mois déjà, racketté par les voyous de son quartier. Sa mission était de rapporter régulièrement des matelas à ces personnes indélicates. Nicolas avait compris en son âme et conscience de ce qu'il pourrait lui arriver, s’il cessait d’être leur fournisseur. Ces matelas étaient subtilisés, grâce à sa cachette secrète dans la remorque. Notre collègue devait les apporter deux fois par semaine dans un lieu précis du quartier. Hier, notre collègue avait indiqué à ses racketteurs que les livraisons pourraient s'interrompre car il ne voudrait plus se mettre en danger pour eux. Notre conducteur avait fabriqué, dans la remorque de son véhicule, un leurre qui lui permettait de glisser à l'intérieur de sa cachette trois à quatre matelas selon les modèles. Nicolas nous révéla :

- J'étais convaincu ce matin que vous aviez découvert la cachette et que je ne pourrai pas résister longtemps à vos questions.

Avec Régis, nous décidâmes de suite d'accompagner Nicolas au commissariat pour déposer plainte. Cette histoire bizarre aurait bien pu s'arrêter là. 

Le lendemain matin, je reçus un appel de la Direction du Grand Banditisme de Nanterre, le Commissaire Le BAUBE souhaitait nous rencontrer en urgence. Je me souviendrai toujours du calibre "type parabellum" que ce fonctionnaire de Police portait à sa ceinture. Je lui demandai, avec humour, de le retirer car on ne savait jamais avec ces armes à feu. Lorsqu'il déposa son lourd revolver dans le tiroir en fer de son bureau, un bruit de résonance se fit entendre.

C'était très impressionnant pour une personne, comme moi, n'ayant jamais tenu une arme dans ses mains. 

Nous pûmes sereinement écouter ses informations dont nous étions à mille lieux de nous attendre. Notre collègue était selon les dires du commissaire impliqué dans un trafic de grande ampleur. L'utilisation par les voyous du terme "Police" les obligeait à traiter ce dossier au sein de cette brigade. Selon le Commissaire Le BAUBE, Nicolas avait décidé de ne plus subir ce racketage et il avait livré toutes les informations nécessaires pour permettre l'arrestation de l'ensemble du réseau.

Nous apprîmes que ce matin même, à la première heure, l'appartement de Nicolas avait été déménagé sur ordre de la Préfecture de Police. Notre collègue et sa famille avaient été exfiltrés et ils seraient placés sous protection policière. Nicolas ne viendrait donc plus à l'entreprise. Régis et moi-même, sortîmes de cet entretien complètement "groggy". Nous étions simplement venus pour écouter la suite de cette triste affaire qui avait pris une dimension insoupçonnée.

De retour à l'agence, j'avais contacté notre client pour lui indiquer que malheureusement notre conducteur avait "emprunté" un nombre important de matelas. Ce dernier n'avait pas voulu croire à mes allégations et il avait refusé, tout bonnement, de déposer une plainte pour vol de marchandises.

Vous en conviendrez aisément, cette histoire est plus que surprenante.

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