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Exposition Toutânkhamon : retrospective d’une icône de la culture égyptienne

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La Grande Halle de la Villette accueille depuis le 23 mars les trésors du mythique pharaon Toutânkhamon. Il s’agit de la deuxième fois que les objets du tombeau sont déplacés en France, la première exposition datant de 52 ans. Depuis sa découverte, le pharaon est devenu une figure proéminente de l’histoire, exploitée dans la pop culture et la publicité.

1967. Les trésors du tombeau du pharaon sont amenés pour la première fois en France, pour l’exposition Toutânkhamon et son temps. Inaugurée par André Malraux et Sarouate Okacha, elle concrétise le souhait de l’égyptologue Christiane Descroches-Noblecourt de faire découvrir aux français les fouilles déterrées en 1922.

La nouvelle exposition Toutânkhamon : le trésor du pharaon conserve l’objectif de l’originale, dépeindre l’histoire du souverain via les objets qu’elle présente. Bagages, bijoux ornés d’or, récipients alimentaires, chaque élément illustre le rituel funéraire censé accompagner Toutânkhamon dans le royaume des Morts.

La croyance égyptienne affirme que l’on meurt à deux reprises dans une vie. Au plan physique et au plan astral, lorsque notre nom est prononcé une dernière fois dans le monde des vivants. Sa mémoire perdure grâce à l'exposition et à l’utilisation de son personnage dans les médias.

 

Le jeune pharaon

Fils d’Akhenaton et de la soeur de ce dernier, Toutânkhamon est sacré pharaon à la mort de son père et accède au trône à l’âge de 9 ans. Cette succession hâtive coïncide avec les instabilités politiques et religieuses engendrées par Akhenaton. Le risque d’une guerre contre le peuple des Hittites plane sur l’Empire égyptien.

Pendant 10 ans, le jeune homme dirige le pays. Il est assisté de régents plus âgés pour le superviser.

Il meurt prématurément à 19 ans. Selon une étude publiée dans le Journal de l’Association Médicale Américaine en 2010, sa mort aurait été causée par la combinaison d’un afflux de sang insuffisant dans les tissus osseux et le paludisme. Cette affection osseuse serait aussi liée à une maladie héréditaire amenée par la consanguinité.

Le manque d’expérience lié à son jeune âge et son règne de courte durée expose Toutânkhamon comme un pharaon mineur. Les fantasmes embellissent son règne mais l’Histoire reste catégorique. Il n’aurait eu qu’un impact léger sur la culture égyptienne si sa sépulture n’avait pas été découvert par Howard Carter.

 

Howard Carter et le tombeau de Toutânkhamon

La fin de son règne renforce les tensions politiques. La guerre entre l’Egypte et les Hittites éclate et durera plus d’une décennie. Les successeurs du jeune pharaon décident d’effacer toute trace de son existence. Ils le blâment pour tous les maux infligés sur l’Empire égyptien après sa mort.

Archéologue et égyptologue britannique, Howard Carter déterre lors d’une fouille en 1915 dans la vallée des Rois des jarres et sceaux comportant le nom du souverain oublié. En 1922, le tombeau est finalement trouvé par un jeune porteur d'eau. Les fouilles seront financés par le lord Carnarvon. 

La découverte d’un pharaon jusque-là inconnu fait le tour du monde. Les prestigieux trésors inondant l’antichambre font rêver le public. Le premier artéfact récupéré est un calice en calcite avec les inscriptions du défunt. Son histoire est enfin mise à la lumière de jour.

 

   

 

Une exposition misant sur l'immersion

Avec 1.2 million de visiteurs, Toutânkhamon : Le trésor du Pharaon recrée à son entrée la vallée des Rois et suscite chez les visiteurs la même excitation ressentie par les archéologues lors de la découverte du tombeau.

150 pièces sont exposées en vitrine Chacune d’entre elle est accompagnée d’un extrait du Livre des Morts des Anciens Égyptiens. Une statue à l’effigie du dieu Amon, des bateaux miniatures, des vases canopes, un jeu de plateau. Le rituel funéraire du pharaon est raconté à travers ces objets millénaires, mélangeant traditions et croyances égyptiennes. Le joyau de l’exposition est le sarcophage de Toutânkhamon, privé cette fois-ci de son masque dorée, par risque de le dégrader durant le voyage. Il s’agit de la dernière fois que les trésors de la sépulture seront présentés à l’extérieur du Caire. L’exposition solidifie la place de Toutânkhamon dans la culture égyptienne. Un récit vieux de 97 ans oscillant entre le réel et la fiction.

 

 

La malédiction du pharaon

Le mythe de Toutânkhamon est aussi enrichit par le sort qu’ont connu les archéologues suite à la trouvaille du tombeau.

Une malédiction se serait abattu sur l’équipe des chercheurs. Le canari d’Howard Carter est tué par un cobra. Lord Carnarvon décède en 1923 d’une piqûre de moustique infectée, associée à une pneumonie. Au total, 27 membres de l’expédition ont succombé, en majorité à cause d’une pneumonie d’origine allergique.   

La rumeur de la malédiction est propagée par des écrivains de taille comme Arthur Conan Boyle ou Agatha Christie. Leurs affections étaient en fait dues à la présence de poussières organiques très allergènes provenant des aliments décomposés dans le tombeau.

Malgré les preuves réfutant la malédiction, le mythe de Toutânkhamon perdure toujours aujourd’hui, à travers des oeuvres littéraires comme L’Aventure du tombeau égyptien d’Agatha Christie ou Les Cigares du Pharaon d’Hergé.

 

Un personnage lié à une culture attractive

Publicités, costume de scène, adaptation cinématographique, Toutânkhamon est devenu un phénomène de mode. Depuis 1922, les origines du pharaon font fantasmer les foules. Synonyme du passé doré de l’Egypte, la « Tut-mania » gagne les pays occidentaux et impacte les arts décoratifs, visuels et musicaux.

Son image est utilisée comme marque d’infusions pour limonade, comme boîte de cigares Nestor Gianaclis et inspire une ligne de bijoux signée Van Clef & Arpels.

Au grand écran, Toutânkhamon et sa malédiction profitent aux studios : La Momie de Stephen Sommers en 1999, Tut de Peter Paige et Bredeweg en 2015. On retrouve aussi Victor Buono dans le rôle du villain King Tut dans la série Batman de 1966.

Enfin, le pharaon est célébré en chanson. En 1923, Old Kind Tut was a Wise Old Nut de Billy Jones et Ernest Hare fait fureur en Amérique et propage la « Tut-mania ». Son personnage et son ethnicité sont aussi mis à l’honneur, dans certains concerts de Madonna et Beyoncé par exemple.

 

 

Vous l’aurez compris, Toutânkhamon a propulsé la mythologie égyptienne. Il est devenu une véritable icône culturelle. Suivrez-vous à votre tour les pas d’Howard Carter ? Oserez-vous pénétrer dans le tombeau du pharaon ?