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Pollution : quand les citoyens se retournent contre l’Etat.

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Réchauffement climatique, pollution de l’air et des sols, montée des eaux, augmentation des événements météorologiques extrêmes ... Nous connaissons tous les conséquences qu’ont engendrées les activités humaines. Pour beaucoup d’entre nous, rien a changé et certains doutent même de la réalité de ces différents effets. Mais pour d’autres, c’est devenu une préoccupation quotidienne, au point de poursuivre leur propre gouvernement en justice.

 

En Haute-Savoie, entre Annemasse et Chamonix, on entend la colère des habitants gronder depuis quelques années. Au pied du Mont-Blanc, cette vallée est l'un des carrefours alpins les plus importants. Cela s’explique par la présence du tunnel du Mont-Blanc et l'A40, reliant l'Europe du Nord à l'Italie. C’est donc plus de 600 000 poids lourds, sans compter les voitures particulières, qui transitent par cet axe. La conséquence ? Une pollution chronique qui dépasse régulièrement les maxima recommandés. C’est à la suite d’un pic d’alerte de 58 jours consécutifs - normalement limités à 35 en France - que plusieurs associations de citoyens se sont créées.

 

 

Pour comprendre pourquoi cette vallée est autant touchée, il faut prendre en compte la météo locale. « Quand il fait beau, l’air réchauffé par le soleil en altitude forme un couvercle invisible, figeant l’air plus froid au fond des vallées », explique l'association Environn'Mont Blanc. C’est une autre association, Coll’Air Pur, fondée par une habitante à la retraite qui a déposé plainte auprès des tribunaux contre l’Etat. Ses membres accusent le gouvernement et les élus locaux de carence fautive. Cette mesure vise à faire condamner une institution pour une abstention illégale au regard du droit de l'Union européenne.

 

« Je descends tous les jours dans la vallée pour m’occuper de mes parents et à chaque fois j’ai les yeux qui piquent, je tousse, je respire moins bien. Je refais même de l’asthme, ce qui ne m’était pas arrivé depuis 40 ans », souligne Muriel Auprince, la porte-parole du collectif. La faute en incombe aux particules fines rejetées par les transports routiers ainsi qu’aux chauffages au bois des particuliers. Les habitants pointent aussi du doigt les industries du fond de la vallée ainsi que l’incinérateur de Passy. L’installation est souvent visée, même si les études régulières commandées par l’Etat résultent toujours de la même façon. Ses rejets en particules fines et en métaux lourds seraient entre 10 et 20 fois inférieures aux normes en vigueur.

 

 

Cela ne convint pas pour autant les résidents. Ils dénoncent le rejet de particules ultra-fines non pris en compte par la réglementation ainsi que des contaminations des sols alentours aux métaux lourds. Certains ont même commencé à prendre des vidéos et des photos régulièrement. Afin de constituer des preuves, ils font appel à des huissiers et des laboratoires d’analyse afin d’étudier les aliments produits localement, tel que les œufs ou les fruits et légumes des potagers. Les résultats semblent contradictoires entre ceux proposés par l’Etat et ceux qu’avancent les locaux.  Les habitants dénoncent entre autre un « effet cocktail ». La concentration de chaque polluant pris séparément peut être en dessous des seuils légaux mais tous les composés réunis créent des effets néfastes sur la santé.

 

L’Agence de Santé Publique a rendu publique une étude de 2017. Les résultats sont alarmants : la pollution est responsable de 8% de la mortalité annuelle de la vallée de l’Arve. C’est donc 85 décès prématurés a incomber chaque année aux seules particules fines. En effet cette étude ne prend pas en compte les autres polluants.  

 

Le plus haut représentant de l’Etat en Haute-Savoie, le Préfet Pierre Lambert, à répondu aux riverains. « C’est vrai qu’il y a besoin, sans doute, de nouvelles mesures à convenir. Je veux simplement le faire en concertation avec les professionnels et ne pas leur imposer quelque chose qui soit en décalage avec ce qu’ils pourraient faire. » déclare-t-il sur 8 Mont-Blanc. Il a aussi signé début 2019 le deuxième plan de protection de l’atmosphère, le PPA2. De nombreuses mesures doivent être prises mais tout le monde ne semble pas convaincu du réalisme de certaines d’entre-elles. Le maire de Chamonix, Eric Fournier, a réagi face à ce qu’il considère comme une incohérence du Préfet : « Il souhaite que l’on développe les plates-formes de rénovation énergétique dans la vallée, c’est une excellente idée, mais c’est stupéfiant de dire cela alors que l’État arrête ses financements sur différentes plates-formes au niveau régional. »

 

 

Reste à voir ce que pensera la justice de l’action de l’Etat. A-t’il pris les mesures nécessaire à la diminution de la pollution dans la vallée ? Les mesures sont-elles respectées ? Dans tous les cas les différents acteurs semblent du même avis : il faut trouver les solutions nécessaires à l’amélioration des conditions de vie dans la vallée, et vite !

Fin Janvier 2019, plus de 540 plaintes ont été déposées par les citoyens de la vallée.  Ils insistent : « Il est temps de mettre la santé au milieu du débat, avant les intérêts financiers de cette vallée. Nos enfants nous remercieront » !